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Le Fonds mondial crée les « comités de maladie »
Le document de stratégie que le Conseil d’administration du Fonds mondial a adopté à la fin de l’année dernière dresse la liste de plusieurs objectifs stratégiques, liste qui s’achève par deux « catalyseurs stratégiques ». L’un de ces catalyseurs consiste à « renforcer les partenariats pour obtenir des résultats ». La nouvelle direction du Fonds mondial a décidé que pour entretenir des rapports véritablement constructifs avec les partenaires, il serait utile de créer trois « comités de maladie » : un pour le VIH et le sida, un pour la tuberculose et un pour le paludisme. Au terme d’efforts considérables de planification, le Comité du Fonds mondial sur le VIH et le sida a tenu sa première réunion le lundi 18 juin 2012. Parmi les participants figuraient un large éventail de partenaires, ainsi que le Comité exécutif de direction du Fonds mondial au grand complet. Debrework Zewdie, la Directrice générale adjointe, avait convoqué cette réunion en évoquant un principe de fonctionnement : lorsque vous êtes en guerre, il n’est pas inutile, une fois par mois, de faire le point des progrès accomplis avec vos alliés. « Il ne s’agit pas d’un comité technique, a indiqué Mme Zewdie, mais bien d’un comité chargé de conseiller le Fonds mondial sur le déroulement de cette guerre ». Un comité similaire s’est réuni le 11 juin pour la tuberculose.
Certains membres du comité rejetaient l’analogie militaire. Pour leur répondre, Gabriel Jaramillo, le Directeur général du Fonds mondial, a fait valoir que le nom même de l’organisation contenait le mot « lutte ». Craig McClure, chef de la section VIH/sida au Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), a indiqué en guise de commentaire : « Moi non plus, je n’aime pas les guerres, mais j’ai l’impression d’en mener une depuis 25 ans. Or, elle pourrait bien arriver à son terme si nous concentrons réellement nos efforts. » Éliminer la transmission de la mère à l’enfant, réduire de moitié les nouvelles infections et garantir un accès universel aux soins sont trois objectifs vitaux. M. Bernhard Schwartländer, directeur du département Réalité, stratégie et résultats de l’ONUSIDA, a brossé un tableau bien documenté des avancées spectaculaires et des enjeux considérables que connaissent la prévention et le traitement du sida de par le monde. Ses propos ont nourri un débat animé sur les nombreux domaines que le comité pourrait examiner dans les prochains mois, comme le coût des soins, les coûts unitaires, l’optimisation des médicaments, l’intégration des communautés et un nouveau cadre d’investissement.
In memoriam – Nadia Fuleihan
Nadia Fuleihan, spécialiste de programme au Programme des Nations Unies pour le développement, a trouvé la mort le lundi 4 juin dans un accident de voiture survenu en Afrique du Sud. Collègue et amie de longue date de nombreuses personnes au Fonds mondial, Nadia a joué un rôle essentiel ces derniers temps en mobilisant les partenaires techniques à l’appui de la stratégie du Fonds et de son action en faveur des droits de l’homme, raison pour laquelle elle se trouvait en Afrique du Sud. Nadia a fait partie de l’équipe de partenariat Fonds mondial du PNUD dès la création du Fonds et a apporté une contribution inestimable à cette cause. Outre son rôle en matière de définition de la politique du Fonds mondial au travers des activités du Conseil d’administration et de ses comités, Nadia a mis toute son énergie à soutenir les subventions du Fonds gérées par le PNUD, ce qui supposait d’apporter son aide dans certains des endroits où notre tâche est la plus ardue. Nadia était pleine de vie, attentive aux autres et chaleureuse. Elle portait haut son engagement pour les personnes auxquelles les subventions du Fonds mondial viennent en aide. Cet engagement, mais aussi son refus de perdre foi en cette part de bien qui réside en chacun d’entre nous, lui ont valu le respect de ses collègues et de celles et ceux auxquels le Fonds mondial apporte son concours dans le monde entier. Nous nous souviendrons d’elle pour sa liberté d’esprit, sa générosité débordante et son sourire communicatif.
Une tête bien faite et un cœur généreux forment toujours une association extraordinaire – Nelson Mandela
Ce que je retiens de mes quelques jours passés à Madagascar – Mireille Guigaz, membre du Conseil d’administration
C’est important pour un membre du Conseil d’administration du Fonds mondial de voir ce qui se passe sur le terrain. Genève est un lieu stratégique, mais le terrain, les visites de terrain sont des lieux et des temps forts ou nous voyons des personnes qui mettent en œuvre les programmes, ou l’on peut voir et constater les résultats concrets des décisions que nous prenons. C’est un peu l’histoire d’une échelle, on monte et on descend les barreaux de cette échelle. À Madagascar je suis descendue au plus près du terrain pour me rendre compte. Je ne suis pas restée très longtemps, je n’ai eu qu’un aperçu de quelques jours, mais il a été fondamental.
Lorsque je dois analyser ce que je vois, je dis toujours qu’il a y une colonne des plus et une colonne des moins. Dans le plus, ce qui m’a vraiment positivement impressionnée est l’investissement des personnes du terrain que ce soit au niveau des communautés, des hôpitaux, des directeurs régionaux de la santé, des médecins et infirmières en charge des programmes. Ils connaissent les défis et sont extrêmement engagés, je l’ai senti fortement et cela est très rassurant. Dans la colonne point d’interrogation, j’ai le sentiment que ces personnes méritent d’être appuyées plus fortement. Les projets du Fonds mondial ne sont pas un ensemble de règles techniques. Les projets doivent se mettre en route avec une vision un peu holistique de ce qui se passe sur le terrain. Je ne voudrais pas que la reforme dans laquelle nous sommes engagés nous conduise à négliger cet aspect terrain et à manquer de fluidité et de souplesse au motif que les règles doivent être impeccables. Je suis en faveur de règles impeccables, je pense que c’est non seulement une obligation déontologique mais également éthique. Mais il faut également tenir compte du contexte et nous avons dans le cas de Madagascar à faire à un pays très pauvre ou comme souvent les populations subissent les évènements. L’instabilité politique ne pénalise pas les politiques mais pénalise les vraies personnes qui sont souvent en situation d’extrême dépendance de leur propre régime et de nos financements. Alors impeccabilité certes, mais en même temps la capacité d’adaptation, une vision et une compréhension plus grande encore, sont absolument essentielles.
Mireille Guigaz siège au Conseil d’administration du Fonds mondial, où elle représente la France
Profil : Rangarirai Chiteure
Rangarirai Chiteure, du Zimbabwe, est d’abord et avant tout un professionnel de la santé dévoué. Il n’est pas médecin, mais administrateur dans le secteur de la santé. Néanmoins, le rôle qu’il assume en ouvrant l’accès aux services sanitaires – souvent au profit de celles et ceux qui en ont le plus besoin – est vital au moment d’étendre la prévention contre les maladies et le traitement dans son pays. La question ne réside pas tant dans l’objet de son travail – Rangarirai est coordonnateur de l’instance de coordination nationale du Fonds mondial –, quand dans la façon de le mener à bien. Rangarirai fait partie de ces personnes qui débordent d’énergie lorsqu’il s’agit de trouver un moyen de réaliser ce qui doit l’être et qui prennent ensuite le temps qu’il faut pour que cela se fasse. Il donne toujours l’impression de vouloir aller un cran plus loin, jusqu’à pouvoir faire la différence en améliorant l’accès aux services sanitaires.
« Nous ne devons pas oublier pourquoi nous faisons chaque jour notre travail », nous a déclaré Rangarirai lors d’une récente visite que nous lui avons rendue à Harare. « Certaines personnes ont besoin que nous fassions preuve de volontarisme et de détermination pour pouvoir garantir la santé de la population ». Âgé de 43 ans, Rangarirai travaille dans le domaine du développement sanitaire et social depuis 20 ans. Jeune adulte, il décroché un diplôme d’économie à l’université du Zimbabwe. Après avoir travaillé comme analyste et responsable de programme, puis comme chargé du suivi et de l’évaluation pour les questions de santé et de population pour le Gouvernement du Zimbabwe, le PNUD et Care International – entre autres –, il a également obtenu une maîtrise en étude des populations de la même université. À son poste actuel, il fait le lien entre les membres et les parties prenantes de l’instance de coordination nationale, parmi lesquels figurent le siège du Fonds mondial, les récipiendaires principaux, les agents locaux du Fonds, le ministère de la Santé et de la Protection de l’enfance du Zimbabwe, les institutions du système des Nations Unies et les organismes bailleurs de fonds. Il lui incombe en premier lieu de veiller à la bonne coordination de l’élaboration des propositions, de la négociation et de la signature des subventions, ainsi que du suivi des programmes. Chiteure fait en outre partie de la délégation d’Afrique orientale, australe et centrale au Conseil d’administration du Fonds mondial, laquelle a joué un rôle essentiel pour la planification et l’organisation de la réunion du Groupe Afrique du Fonds qui devrait se tenir en Afrique du Sud en juillet 2012. « Le Fonds mondial est un partenaire majeur au Zimbabwe et nous l’apprécions beaucoup en tant que mécanisme de financement, indique-t-il. J’attends également avec impatience de voir le résultat des nouveaux changements en cours et j’espère que nous en profiterons tous et qu’ils seront visibles très prochainement sur le terrain. »
La solution des 55 pour cent
Le Comité de la stratégie, des investissements et de l’impact aura fort à faire à sa réunion de juillet pour trouver des solutions à la mise en œuvre d’une décision prise en novembre dernier par le Conseil d’administration. Celle-ci prévoit que 55 percent de l’ensemble des crédits alloués à la reconduction des subventions doivent aller aux pays à faible revenu, sans que cela ait pour conséquence de geler les programmes sanitaires dans les pays mieux nantis, mais où subsistent des poches de pauvreté.
Toute la difficulté est née en novembre 2011, lorsque le Conseil d’administration a adopté une position connue aujourd’hui sous le nom de « règle des 55 % ». Le raisonnement était logique. Le Fonds mondial engage près de 6 milliards de dollars US pour les reconductions de subventions au titre de la phase 2 en 2012. Parmi les pays candidats à cet apport monétaire en 2012, beaucoup sont passés dans la catégorie de revenu supérieure deux ans ou plus après avoir signé pour la première phase de leurs subventions. Faute d’une modification des règles de base, il semblait plus que probable que les pays à revenu intermédiaire des tranches inférieure et supérieure se tailleraient la part du lion dans les reconductions de subventions, ce qui laisserait moins de la moitié des crédits pour les pays à faible revenu. C’est une situation que le Conseil d’administration voulait éviter, raison pour laquelle il a adopté la règle des 55 %, destinée à régler ce problème en accordant la part la plus importante des crédits aux pays les plus pauvres.
Soucieux de veiller à ce que davantage de ressources soient effectivement allouées aux pays à faible revenu, le Secrétariat et le Président du Conseil d’administration ont adopté, en janvier, une mesure de suivi. C’est là que les choses deviennent quelque peu compliquées. Les reconductions de subventions resteraient plafonnées à 90 pour cent du financement approuvé à l’origine pour les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire du bas de la tranche inférieure, plafond qui serait ramené à 75 pour cent pour tous les autres pays. Cette mesure s’est heurtée aux objections des pays à revenu intermédiaire du haut de la tranche inférieure – catégorie dans laquelle on retrouve, entre autres, l’Indonésie, le Turkménistan et le Guyana – qui craignaient de voir une restriction ou une réduction du financement accordé à certains de leurs programmes sanitaires.
À sa réunion du mois de mai, le Conseil d’administration a admis que des programmes vitaux ciblant les plus démunis dans les pays à revenu intermédiaire du haut de la tranche inférieure pouvaient être mis en péril. Il a, dès lors, suspendu sa décision précédente, de sorte que le plafond de 90 pour cent vaudra pour l’ensemble des pays lors de la prochaine série de reconductions de subventions.
Il a été demandé au Comité de la stratégie, des investissements et de l’impact de se pencher à nouveau sur cette « règle des 55 % » et de présenter de nouvelles recommandations au Conseil d’administration. L’un des options envisagées consisterait à établir une sorte de « système de quotas » dans lequel un plafond serait appliqué à chaque pays demandant des crédits supplémentaires. Une autre possibilité pourrait être de réserver 75 pour cent du total des crédits destinés à la reconduction des subventions aux pays à faible revenu et aux pays à revenu intermédiaire du bas de la tranche inférieure.
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