La tuberculose est au centre de son combat…

dans Opinions le 27 juin 2012

Nina Tatamo Rahjonson est assistante sociale à Antananarivo, la capitale malgache et a fait de la lutte contre la tuberculose l’un des combats de sa vie. Elle a 46 ans, et travaille depuis 2007 à l’Institut d’hygiène sociale, le principal dispensaire et centre de dépistage et de traitement de la ville. Un choix de poste qui n’a rien à voir avec le hasard : le mari de Nina a eu la tuberculose il y a 20 ans, son fils âgé de 26 ans est atteint à son tour. Il suit un traitement depuis 4 mois. Lorsqu’il s’agit d’expliquer ce qu’est la tuberculose, Nina sait de quoi elle parle. Chaque jour environs 100 à 150 patients viennent recevoir leur traitement ou se faire dépister. Le rôle de Nina est essentiel dans l’équipe médicale, elle est ce que l’on appelle à Madagascar une « motivatrice ». C’est elle qui explique au malade le traitement, ce qu’il doit et ne doit pas faire, les précautions, l’hygiène qu’il doit respecter et surtout les raisons pour lesquelles il ne doit pas abandonner son traitement. Une tache parfois délicate, le traitement contre la tuberculose est long, 6 à 8 mois et doit être pris chaque jour.


Nina Tatamo Rajonson, assistante sociale à l’institut. Photo Le Fonds mondial/Georges Merillon.

Nina suit en particulier les malades irréguliers, ceux qui désertent le centre. « Je dois leur faire comprendre la maladie, la manière dont elle se manifeste, comment on la traite. Ces malades nous les appelons « les perdus de vue ». Mon rôle est de les faire revenir. ll faut d’abord les retrouver, cela n’est pas toujours simple, je vais alors chez eux et j’explique. En 2011 j’avais 86 irréguliers sur 1003 malades enregistrés, et j’ai réussi à les faire revenir presque tous à leur traitement. Mais lorsque je vais les voir, cela n’est pas pour leur faire la morale. Je sais qu’ils ont tous des problèmes, des difficultés familiales, professionnelles et d’argent. Certains font des intolérances aux médicaments et parfois ils n’osent pas revenir voir le médecin ».

Le salaire de Nina est totalement financé par le Fonds mondial. Elle touche 481 000 ariary par mois soit l’équivalent de 180 euros. Ce qui à Madagascar est considéré comme un salaire correct. Si le Fonds mondial ne finançait pas son salaire, le dispensaire ne pourrait pas le prendre en charge, le nombre de « perdus de vue » risquerait alors d’être beaucoup plus important. Le Fonds mondial finance également la totalité des traitements distribués dans le centre ainsi que le dépistage. Le Fonds a également permis grâce à d’important travaux de rénovation de réaménager le centre, le mettre aux normes et permettre ainsi aux malades d’être pris en charge dans des conditions d’accueil et d’hygiène optimales.

Maladie de la pauvreté, la tuberculose touche de plus en plus d’habitants à Madagascar. Manque d’hygiène, pas ou peu d’accès à l’eau potable, 70% des vingt millions d’habitants vivent dans des zones rurale parfois à 10 kilomètres du premiers centre de santé. Lorsqu’elle pénètre dans les foyers, Nina fait à chaque fois le même constat : les familles manquent de tout, il faut à tout prix éviter que le père de famille ne perde son emploi.

« Il m’arrive fréquemment d’aller voir leurs employeurs pour leur faire comprendre qu’ils ne doivent pas licencier la personne malade. Je leur explique que sous traitement ils n’ont aucune chance de contaminer les personnes avec lesquelles ils travaillent. La tuberculose est une maladie qui fait peur, les personnes malades sont souvent stigmatisées. Beaucoup de malades ne disent pas à leur entourage ni à leur milieu professionnel qu’ils ont la maladie de crainte d’être rejetés. Cela m’arrive d’aller moi-même porter les médicaments à la maison pour que la personne n’arrive pas en retard à son travail et court ainsi le risque d’être renvoyée ».


L’Institut d’Hygiène Sociale traite près de 150 malades atteints de la tuberculose chaque jour à Antananarivo. Il est financé par le fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Photo Le Fonds mondial/ Georges Merillon.

Nina travaille environ dix heures par jour dans le centre ou sur la route, utilise des taxis collectifs, des bus pour aller retrouver « ses malades ». Il lui arrive aussi de donner de l’argent aux malades trop fatigués ou trop faibles pour rentrer chez eux à pieds. Elle le reconnait, il lui faut parfois beaucoup d’énergie pour parvenir à les convaincre de reprendre leurs traitement. Mais pour elle l’échec n’est pas une option.

« Oui il y a des moments où j’ai envie de baisser les bras lorsque par exemple pour la 3ème ou 4ème fois je vais chez un malade qui continue à refuser son traitement. Il faut de l’amour, de la persuasion, du réconfort. J’ai eu quelques échecs, bien sûr, mais aussi beaucoup de réussite et c’est pour moi un grand bonheur lorsque le malade a terminé son traitement et que je le vois quitter le centre le dernier jour avec un grand sourire et des remerciements. Cela n’a pas de prix ».