Ukraine : la clinique Lavra en sursis

dans Opinions le 07 décembre 2012

Au centre de Kiev, tout à côté du célèbre Monastère Pecherskaya reconnaissable à ses coupoles d’or, se trouve la clinique Lavra. Un site unique à Kiev et sans doute même en Ukraine.

Les malades du sida y sont traités, 1500 chaque année et souvent, Lavra est même leur dernière chance de pouvoir être soignés. A la tête de cette clinique peu ordinaire, une femme, Svetlana Antonyak, une sorte de combattante qui en a fait un modèle de gestion, de formation et d’humanité. Depuis le début de l’épidémie les soignants de la clinique ont vu défiler des milliers de patients. Trop nombreux sont ceux qui malheureusement sont morts faute d’avoir pu avoir accès aux traitements à temps. Pour Svetlana chaque jour est une nouvelle bataille contre la maladie mais aussi depuis deux ans contre la bureaucratie. Parce que cette clinique est comme elle le dit elle-même « en survie ». « Les moines à coté n’ont jamais été très favorables au fait que nous traitions des malades atteints du sida, des personnes qui s’injectent des drogues, des homosexuels et des travailleuses du sexe. Alors forcément ils ne veulent qu’une chose : nous voir partir. Mais pire depuis quelques mois des voix de plus en plus fortes se font entendre pour nous pousser vers la sortie nous disant que d’autres bâtiments plus grands à l’extérieur de la ville sont disponibles. Mais ce qui se cache réellement derrière cette campagne, c’est sans doute un projet immobilier. » Svetlana a les larmes aux yeux lorsque qu’elle parle de « sa » clinique et de « ses » malades.

Construite en 1911 par souscription auprès des habitants de Kiev, la clinique a tout d’abord accueillis les blessés de la Grande Guerre, puis ceux de la seconde guerre mondiale. Ensuite ce sont les maladies infectieuses et notamment la polio qui y ont été traitées. La logique voulait que face à la pandémie de sida qui sévit en Ukraine la clinique se transforme une nouvelle fois et s’adapte.

Svetlana avec l’un de ses patients
Svetlana avec l’un de ses patients. Copyright: Efrem Lukatsky / The Global Fund.

Aujourd’hui et selon les derniers chiffres rendus public il y a deux semaines par l’ONUSIDA, l’Ukraine a le plus fort taux de prévalence en Europe de l’est et en Asie centrale (0,78% chez les 15-49 ans). 230 000 personnes sont séropositives. L’épidémie frappe particulièrement les personnes qui s’injectent des drogues (injecting drug users). Sur la seule année 2011, 31,1% de nouveaux cas de VIH enregistrés étaient des IDUs. Actuellement seuls 28 000 malades sont sous thérapie antirétrovirale. Selon les chiffres de l’OMS il faudrait mettre 170 000 personnes sous ARV.

Alors Svetlana se débat pour faire face. « Ce qui manque en Ukraine par-dessus tout ce sont de vraies politiques de prévention mises en place au niveau le plus haut. La prévention n’est pas au rendez-vous parce qu’elle ne figure pas parmi les priorités du gouvernement. Et comment peut-on, nous médecins, engager sérieusement le dialogue lorsque sur les dix dernières années pas moins de douze ministres de la santé se sont succédés. Nous avons reçu à Lavra notre premier patient atteints du sida en 1995. Nous avons mis en place les protocoles pour soigner les malades et nous avons surtout créé un centre de formation pour les médecins et les soignants qui est à ce jour une référence. C’est le Fonds mondial qui le finance. Grâce à ce centre nous avons maintenant dans chaque région d’Ukraine du personnel formé. C’est déjà une grande victoire. L’autre c’est lorsque des patients quasiment en fin de vie nous arrivent. Parfois ils ne savent même pas ce dont ils sont atteints. Notre victoire c’est lorsque nous les voyons repartir. Ils savent qu’ils auront à prendre des médicaments toute leur vie mais au moins ils se sentent mieux et peuvent repartir travailler ou pour les enfants retourner à l’école. Nous pouvons et savons sauver des vies et ramener le sourire sur le visage d’un enfant. Mon souhait maintenant c’est de parvenir à sauver la clinique. Et cette bataille-là s’annonce beaucoup plus difficile à gagner. »