Ce que je vais dire aux dirigeants à Davos, par Charlize Theron

dans Opinions le 22 janvier 2013

Depuis l’époque relativement récente où le monde a appris l’existence du sida, celui-ci divise des communautés entières. Il tue en profitant de la discrimination et de l’ignorance qui l’accompagnent, laissant dans son sillage des millions d’orphelins, sans compter que la maladie et la mort qu’il entraîne sont source d’une souffrance indicible. Mon pays d’origine, l’Afrique du Sud, a ressenti tout le poids de cette pandémie de façon tout à fait inacceptable. Il est presque impossible d’être sud-africain sans avoir été touché, peu ou prou, par le VIH et le sida.

Les cicatrices laissées par la maladie balafrent la planète et ne s’effaceront jamais, mais nous pouvons la vaincre.

J’ai fondé mon projet d'action sociale pour l'Afrique, CTAOP, parce que je suis convaincue que les efforts déployés pour prémunir les jeunes du VIH revêtent une importance cruciale au moment d’infléchir la tendance. Nous travaillons, en Afrique, avec des organisations à assise communautaire qui s’attaquent aux principaux moteurs de la maladie. Il est fascinant de voir le mouvement prendre de l’ampleur et les jeunes assumer la responsabilité de leur santé et se l’approprier.

On ne peut qu’être encouragés lorsque l’on observe ces progrès sur le terrain et que l’on connaît les avancées réalisées à l’échelle mondiale, mais le combat doit continuer. Telle est la raison de ma présence à Davos cette semaine, à la réunion annuelle du Forum économique mondial, où j’entends plaider la cause de millions d’Africains dont la vie dépend des programmes financés par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Alors que je serai sur place, j’aimerais saisir cette occasion pour dire un certain nombre de choses aux politiciens et aux chefs d’entreprises qui participeront à la réunion :

  1. Nous progressons. En tant que Sud-Africaine, je peux vous dire que les enterrements sont moins nombreux, qu’il y a moins de jeunes dans les orphelinats et que les hôpitaux comptent plus de lits vides qu’il y a dix ans. Nous sommes partis de moins de 300 000 personnes recevant un traitement antisida dans les pays en développement en 2002 à 8,6 millions aujourd’hui.
  2. Nous n’avons pas encore fini. Aussi longtemps qu’il restera ne serait-ce qu’un jeune qui n’a pas accès à des informations et à des soins de santé complets, nous ne l’emporterons pas sur le sida.
  3. Venez par vous-mêmes constater les résultats époustouflants que nous observons et dont il nous faut garantir la pérennité. Mon rôle de Messagère de la paix de l’ONU m’a offert une occasion unique de voyager et de rencontrer des gens qui sont aux avant-postes de la lutte contre le sida de par le monde. C’est leur force et leur résilience qui me motivent à continuer.
  4. Nous avons besoin d’impulser un élan massif. L’histoire nous jugera à l’aune de la façon dont nous aurons choisi d’aborder cette période charnière. C’est aux bailleurs de fonds qu’il reviendra d’engager la volonté politique et les moyens financiers nécessaires, même en ces temps d’austérité économique. Enfin, ce sera à nous de plaider en faveur de ces engagements.

Il nous incombe à tous de décider ce que nous voulons accomplir pour faire de ce monde un monde meilleur. En ce qui me concerne, j’ai décidé de soutenir la campagne du « Big Push » pour vaincre le sida, afin que tous les jeunes aient la possibilité de mener une vie saine, à l’abri du VIH.