L’histoire d’Abd Al Kader

dans Opinions le 17 février 2016

Abd Al Gader, un garçon de 12 ans aux grands yeux sombres, pouvait à peine marcher à son arrivée au camp de réfugiés de Zaatari, dans le désert jordanien, après avoir fui la guerre en Syrie. Souffrant de tuberculose et à cours de médicaments, Abd Al Gader a fui avec sa famille la ferme qu’ils occupaient à l’est de Damas, emportant avec eux les quelques biens qu’ils pouvaient emmener pour entamer un voyage dangereux en quête de sécurité.

La toux d’Abd Al Gader a empiré pendant les longues journées de marche de la famille et les froides nuits de février en plein air pour dormir. Bombardements et vols étaient leur lot quotidien avant d’atteindre enfin la frontière. « Nous avons perdu nos récoltes et notre maison était détruite », indique Awash, le père du garçon. « Je craignais pour sa vie. C’est à ce moment-là que j’ai décidé que nous devions partir. »

À Zaatari, la famille s’est installée dans une tenteAbd Al Gader a repris son traitement contre la tuberculose au dispensaire du camp. Aujourd’hui guéri, il a récupéré assez de force pour jouer au football avec ses amis sur un terrain poussiéreux et pour aller à l’une des écoles du camp.

En coopération avec des partenaires locaux et internationaux, le Fonds mondial soutient la fourniture de services essentiels de prévention, de diagnostic et de traitement de la tuberculose pour les réfugiés syriens au Liban et en Jordanie. L’assistance fournie provient du Fonds d’urgence du Fonds mondial, une initiative spéciale destinée à proposer un accès rapide et souple à des financements pour riposter au VIH, à la tuberculose et au paludisme dans des situations d’urgence extrême.

La tuberculose, une maladie hautement infectieuse, se transmet d’une personne à l’autre par voie aérienne et peut circuler rapidement là où prévaut la promiscuité, comme dans un camp de réfugiés surpeuplé. Il est nécessaire d’enrayer la tuberculose non seulement pour protéger les réfugiés directement menacés, mais aussi pour libérer des ressources essentielles dans les camps pour soigner des affections classiques, que les situations d’urgence comme la crise syrienne rendent chroniques. Depuis le début du conflit, plus de quatre millions de Syriens ont cherché abri dans les pays voisins, le plus souvent dans des camps surpeuplés à l’image de Zaatari ou dans des campements de fortune n’ayant que peu ou pas d’accès aux services de santé. Les maladies infectieuses, comme la tuberculose, représentent un poids supplémentaire pour des systèmes de santé publique déjà débordés.

« Pour venir à bout de ces maladies, nous devons suivre les gens là où ils sont, quels que soient leur statut, leur situation ou leur origine ethnique ou religieuse », indique Mark Dybul, le Directeur exécutif du Fonds mondial. « Des partenariats de ce genre nous offrent la souplesse nécessaire pour réagir rapidement et mieux servir les personnes dans le besoin. »

Les subventions du Fonds mondial dans la région financent des interventions qui englobent le diagnostic et le traitement de la tuberculose, l’examen des réfugiés à leur arrivée, la consolidation de services de référence, la formation des professionnels de la santé et la sensibilisation à la maladie. L’Organisation mondiale pour les migrations met en œuvre les interventions en collaboration avec l’OMS et les programmes nationaux de lutte contre la tuberculose de Jordanie et du Liban.

Depuis le début du programme, plus de 400 cas de tuberculose ont été confirmés en Jordanie et au Liban et quatre cas de tuberculose multirésistante ont été détectés en Jordanie (selon les données de 2014, les plus récentes disponibles). Le taux de réussite du traitement antituberculeux parmi les réfugiés syriens s’élève à 90 pour cent. Le Fonds mondial étend les interventions d’urgence au Liban et en Jordanie et finance des services de lutte contre la tuberculose à l’intention des réfugiés syriens en Irak.

Le camp de Zaatari accueille désormais 79 000 réfugiés. Comme la plupart d’entre eux, la famille d’Abd Al Gader s’est d’abord installée dans des tentes, qui ont par la suite été remplacées par des abris préfabriqués. Le père a construit une cuisine et des salles de bain, mais rêve de rentrer un jour en Syrie. La toux d’Abd Al Gader est aujourd’hui un mauvais souvenir, mais il doit régulièrement s’arrêter pour reprendre sa respiration quand il joue au football. Lorsqu’on lui demande ce qu’il veut faire quand il sera grand, ses yeux s’illuminent : « Je veux devenir joueur de foot au FC Barcelone ». Il marque une pause avant d’ajouter : « Ou peut-être architecte, pour reconstruire la Syrie ».