L’éducation et la santé : les clés d’un recul du VIH chez les adolescentes et les jeunes femmes

Par Mark Dybul, Directeur exécutif

dans Opinions le 18 février 2016

Une épidémie qui est en train de balayer l’Afrique australe et orientale me rappelle l’une des cruelles vérités de la santé publique : les maladies se développent là où règnent l’inégalité et l’absence de perspectives. Cette épidémie – le VIH parmi les adolescentes et les jeunes femmes – menace les nombreux acquis obtenus dans la lutte contre le virus au cours des 15 dernières années.

Depuis 2000, nous avons enregistré des progrès impressionnants contre le VIH. Le travail acharné des partenaires internationaux du secteur de la santé a permis d’enrayer et d’inverser la propagation du VIH dans le monde. Cependant, ces progrès n’ont pas profité autant aux adolescentes et aux jeunes femmes. Rien que cette semaine, près de 7 000 jeunes femmes ou filles seront infectées par le VIH. Dans bien des pays d’Afrique, les jeunes femmes courent deux fois plus de risques que les jeunes hommes de vivre avec le VIH. Cette sombre réalité de l’inégalité qui frappe les progrès dans la lutte contre le virus va de pair avec l’inégalité économique et sociale.

Gabsile, une femme du Swaziland, a pris toute la mesure de cette inégalité lorsqu’un test de dépistage du VIH lui est revenu positif. Elle avait 23 ans. Quand elle est tombée enceinte de son premier enfant, elle n’était pas assez informée pour savoir comment accéder au traitement qui aurait prévenu la transmission du VIH à son enfant à naître. C’est ainsi que sa première fille est née porteuse du virus. L’éducation, formelle ou non, joue un rôle critique en matière de prévention du VIH. Pourtant, comme de nombreuses autres filles dans les communautés pauvres du Swaziland, Gabsile a quitté l’école après trois années de primaire.

Si les adolescentes et les jeunes femmes reçoivent une éducation et accèdent aux soins de santé pour se protéger, nous pouvons venir à bout du VIH dans toutes les tranches de la population, y compris les adolescentes et les jeunes femmes. C’est ce qui commence à se produire grâce à de nouveaux programmes novateurs.

Le Swaziland, avec un appui solide de la part des partenaires, dont le Fonds mondial, a lancé cette semaine un programme ambitieux d’investissement dans l’éducation et les besoins socioéconomiques des adolescentes et des jeunes femmes. Cette nouvelle démarche associe des mesures novatrices qui améliorent la santé en levant les obstacles à l’éducation des filles, en appuyant un accès à des services de santé sexuelles et reproductive, en s’attaquant aux violences fondées sur le genre et en améliorant le bien-être des filles et de leur famille. Pour briser le cycle de l’inégalité et de la pauvreté, deux facteurs qui, ensemble, offrent un terreau propice aux maladies, les pays et les partenaires de développement doivent investir dans des programmes qui établissent un lien entre santé et éducation.

En s’attaquant aux facteurs sociaux qui augmentent les risques pour les adolescentes et les jeunes femmes de contracter des maladies infectieuses, ces investissements tireront parti des avancées déjà obtenues au Swaziland à l’appui des objectifs nationaux de mettre fin aux épidémies de VIH et de tuberculose. En faisant preuve d’un sens aigu de l’initiative, le Swaziland avancera également vers une élimination du paludisme, entre autres grâce à une meilleure intégration des services de lutte contre la maladie et de prise en charge anténatale à destination des adolescentes et de jeunes femmes.

Le Fonds mondial soutient des programmes semblables qui débutent en ce moment au Kenya, en Zambie et en Afrique du Sud, l’idée étant d’étendre cette démarche à d’autres pays d’Afrique subsaharienne. L’éducation revêt une importance capitale lorsqu’il s’agit de protéger les filles du VIH et de veiller à ce qu’elles disposent de toutes les informations voulues prendre des décisions en connaissance de cause à propos de leur corps et de leur avenir. Ainsi, une étude menée au Botswana l’année dernière a révélé que chaque année de scolarité supplémentaire allait de pair avec une baisse du risque de contracter le VIH de 25 à 17 pour cent. De plus, une scolarité plus longue offre aux jeunes filles davantage de perspectives et renforce leur aptitude à faire des choix sûrs pour elles-mêmes et leurs familles.

Une étude la Banque mondiale au Swaziland a fait apparaître que plus de 50 pour cent des personnes qui vivent dans un ménage dont le chef n’a reçu aucune éducation vivent dans la pauvreté. Du reste, beaucoup de familles démunies, à l’image de celle de Gabsile, n’ont pas assez d’argent pour payer la scolarité de leurs enfants, ce qui signifie que leurs filles sont souvent déscolarisées pendant de longues périodes. Même si l’enseignement primaire est gratuit au Swaziland, dès que les enfants ont l’âge d’aller en secondaire, les parents doivent s’acquitter de frais de scolarité et payer les uniformes et les fournitures scolaires.

Gabsile a aujourd’hui quatre filles, dont deux sont nées porteuses du VIH. Si ses filles ne sont pas scolarisées parce que leurs parents ne peuvent se le permettre, les preuves sont là pour indiquer qu’elles seront davantage exposées à des risques comme le VIH ou à des grossesses non désirées. La pauvreté peut pousser les jeunes filles dans des relations où il existe un écart important dans l’âge des partenaires, ce qui constitue un facteur de risque majeur en matière de VIH pour les jeunes femmes et les adolescentes. En Afrique du Sud, par exemple, 34 pour cent des adolescentes sexuellement actives déclarent avoir une relation avec un homme qui a au moins cinq ans de plus qu’elles.

Des programmes comme ceux menés au Swaziland seront essentiels pour atteindre les objectifs mondiaux visant à en finir avec l’épidémie de VIH d’ici 2030. Nous ne pourrons y parvenir que si nos efforts répondent aux besoins de toutes les couches de la population, et si nous veillons à ne pas laisser pour compte les adolescentes et les jeunes femmes.