Un partenariat pour mettre fin au paludisme dans la région du Mékong

Par Mark Dybul, Directeur exécutif

dans Opinions le 25 février 2016

Le virus Zika en Amérique latine nous l’a rappelé cette année, les parasites transmis par les moustiques ne connaissent pas les frontières. Tandis que l’impact de Zika est toujours en cours d’évaluation, nous savons que le paludisme tue des centaines de milliers de personnes chaque année, dont la plupart sont de jeunes enfants. Il est possible de prévenir et de soigner le paludisme et nous sommes déterminés à y mettre fin.

À cet effet, nous devons, comme les maladies, ignorer les frontières.

Notre arme la plus efficace contre le paludisme, reposant sur des mesures de prévention et un traitement rapide, consiste en de solides partenariats s’adaptant constamment aux situations changeantes sur le terrain.

Dans la région du Grand Mékong en Asie du Sud-Est, l’association de partenariats et de nouveaux concepts pour lutter contre un risque pour la santé à l’échelle mondiale est une source d’inspiration. Après plusieurs années d’investissements prudents, la situation du paludisme dans la région du Grand Mékong s’est considérablement améliorée et le nombre de cas et de décès a fortement diminué. Toutefois, la région doit encore relever de nombreux défis, en raison de la haute transmission le long des frontières et dans les forêts éloignées.

De toute urgence, il convient de s’atteler à l’émergence et à la propagation de la résistance à l’artémisinine (le médicament le plus couramment utilisé contre le paludisme) qui menacent les acquis conquis de haute lutte dans la région et dans le monde entier. Le paludisme résistant à l’artémisinine pourrait avoir des effets dévastateurs à l’échelle mondiale s’il se développait de façon indépendante dans d’autres zones géographiques ou s’il traversait plus de frontières, notamment celle de l’Inde, la porte d’entrée de l’Afrique. En vue de traiter cette situation d’urgence en matière de santé publique, un partenariat de bailleurs de fonds externes, d’organismes multilatéraux, de partenaires techniques, de chercheurs scientifiques, de communautés locales et de gouvernements a vu le jour. C’est un objectif audacieux et permanent, riche en défis et en opportunités, et qui nous pousse à accomplir une mission claire et à persévérer dans notre lutte contre un ennemi insaisissable.

Le partenariat du Fonds mondial soutient, par le biais d’une subvention de 100 millions USD, une initiative régionale intelligente qui vise à lutter contre la résistance à l’artémisinine au Myanmar, en Thaïlande, au Viet Nam, au Laos et au Cambodge, et qui se concentre spécialement sur les populations itinérantes, telles que les communautés agricoles et les travailleurs agricoles saisonniers. L’Initiative régionale contre la résistance à l’artémisinine (RAI) mobilise un engagement politique fort de la part des dirigeants d’Asie de l’Est en vue d’atteindre l’objectif d’une région d’Asie du Pacifique sans paludisme d’ici à 2030. Les pays signalent maintenant que, pour mettre fin à cette maladie dévastatrice, le contrôle ne suffit pas et que nous devons travailler ensemble, par le biais d’une collaboration transfrontalière plus accrue et d’un partage de données à l’échelle régionale.

En vue d’accélérer la riposte à la résistance à l’artémisinine, l’Organisation mondiale de la santé a élaboré une stratégie régionale visant à éliminer le paludisme et fournissant un cadre à toutes les parties prenantes. Les investissements ont stimulé l’utilisation d’approches innovantes en matière d’élimination du paludisme, telles que la gestion d’une administration massive de médicaments dans les zones sensibles où vivent les populations frontalières difficiles d’accès, en Thaïlande et au Myanmar.

Dans les zones de faible transmission, un nombre important de personnes vivent, sans maladie apparente, avec le parasite du paludisme qui peut uniquement être décelé par le biais d’examens en laboratoire très poussés. Ainsi, les activités traditionnelles de lutte contre le paludisme ne peuvent identifier ces personnes. Les données issues du projet pilote d’administration massive de médicaments indiquent que le plan est un succès. D’autres outils visant à faire reculer la maladie comprennent des dispensaires pour le paludisme (de simples structures permettant l’accès à un diagnostic fiable et à un traitement efficace pour tout cas de fièvre au sein de la communauté) et la formation d’agents de santé dans les villages. Il est impossible d’éliminer la maladie sans un engagement et une participation communautaires forts. Éradiquer le paludisme ne suppose pas uniquement d’utiliser les bons médicaments ou les bonnes moustiquaires imprégnées d’insecticide, c’est aussi une question de confiance et de connaissance des personnes que nous aidons.

De même, aucune bataille ne peut être menée sans une surveillance et une analyse des données accrues. Les renseignements en temps réel sont indispensables pour s’adapter et répondre efficacement à une première ligne qui évolue rapidement. Ils comprennent l’utilisation d’un système de base de données en temps réel en vue d’un suivi continu et d’un partage d’informations parmi l’ensemble des partenaires et des parties prenantes.

Nous devons encore relever de nombreux défis. Le paludisme est solidement implanté dans les communautés. Le parasite du moustique et l’homme ont évolué ensemble. En outre, la résistance est un phénomène en évolution. Au fil du temps, alors que nous combattons le paludisme avec un nouveau médicament, le parasite riposte et développe une résistance. Au Cambodge, la résistance de plus en plus forte à l’artéminsinine et au médicament associé utilisé dans la combinaison thérapeutique menace de rendre ces médicaments inutiles. Dans de telles circonstances, la flexibilité de la structure de RAI nous permet de suivre des programmes nationaux et de modifier le médicament associé.

En fin de compte, notre capacité à réussir dépendra de la solidité de nos partenariats. RAI est un formidable exemple de collaboration dans un monde interconnecté qui vise à mettre fin au paludisme.