Une meilleure éducation est synonyme de meilleure santé pour les jeunes femmes et les filles

Par Julia Gillard

dans Opinions le 07 mars 2016

Dans certaines régions d’Amérique du Sud, le virus Zika met à l’épreuve les systèmes de santé publique et nous plonge tous dans une nouvelle vague d’incertitude. Pourtant, il semble que nous venions à peine d’échapper aux griffes de l’épidémie de maladie à virus Ébola, qui avait entraîné d’énormes perturbations et prélevé un tribut tragique en vies humaines.

Un voyage que je viens d’effectuer en Afrique m’a rappelé que dans ce contexte mondial de nouveaux enjeux sanitaires, il demeure une menace par trop familière : celle du VIH.

Il y a bien trop longtemps que nous côtoyons le VIH. Cela fait presque trente ans qu’il s’est largement emparé de la conscience publique en Australie, avec le lancement de la campagne Grim Reaper. Bien que beaucoup de choses aient changé depuis lors – les taux d’infection à VIH à l’échelle mondiale sont en baisse de 28 pour cent par rapport à l’an 2000 –, beaucoup trop de personnes sont laissées à la traîne et sont perdantes.

À l’occasion de cette Journée internationale de la Femme, je pense que l’heure est venue de réfléchir à la menace particulière que le VIH fait peser sur les femmes.

Le VIH reste le premier tueur de femmes en âge de procréer. Sur la planète, plus d’un tiers des nouvelles infections à VIH touchent des jeunes femmes d’Afrique subsaharienne, une catégorie qui représente 68 pour cent des jeunes âgés de 15 à 24 ans vivant avec le VIH. Concrètement, cela signifie qu’il y a plus de 2 000 nouvelles infections à VIH par semaine rien que parmi les jeunes femmes d’Afrique du Sud.

Ces chiffres ont de quoi choquer, mais l’espoir demeure. Tout tend à prouver qu’une meilleure éducation a pour corollaire une amélioration de la santé pour les jeunes femmes et les filles, en particulier quand on parle du VIH.

Une étude menée au Botswana l’année dernière a révélé que pour chaque année de scolarité supplémentaire, le risque d’infection à VIH reculait de huit pour cent, et plus spécialement chez les jeunes femmes. La scolarisation et l’enseignement entraînent la baisse de toute une série de risques sanitaires pour les filles en agissant sur des facteurs comme l’âge des premiers rapports sexuels, l’exposition aux maladies sexuellement transmissibles, la grossesse et la violence fondée sur le genre. Nous savons que pour les 63 millions de filles déscolarisées alors même qu’elles sont en âge d’aller à l’école primaire ou au collège, la situation est pire encore : elles courent trois fois plus de risques de contracter le VIH que les filles scolarisées.

Investir dans la scolarité des filles a des avantages en termes de santé. Une fille mieux éduquée court moins de risques de contracter le VIH et est davantage susceptible de pouvoir faire ses propres choix pour déterminer quand elle souhaite se marier et combien d’enfants elle veut avoir. Or, cela ne change pas les choses uniquement pour elle, mais aussi pour les générations à venir. Ses enfants ont plus de chances de passer le cap de l’enfance, d’être vaccinés et d’aller eux-mêmes à l’école.

En voyant ce cercle vertueux qui unit la santé d’une jeune femme à l’accès à une éducation de qualité, nous devons nous interroger : « Comment pouvons-nous faire la différence ? » Il est primordial de construire des systèmes éducatifs plus solides, plus équitables et plus efficaces pour améliorer les résultats en matière d’apprentissage, ce qui est au cœur de l’action menée par le Partenariat mondial pour l’éducation.

Les programmes soutenus par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme établissent un lien entre la santé à l’éducation et les perspectives qu’ont les jeunes femmes et les filles de pouvoir rester à l’école et d’accéder aux services de santé.

L’éducation donne aux filles la capacité de prendre des décisions salutaires, de développer la confiance qu’elles se portent à elles-mêmes et d’acquérir les connaissances et les compétences nécessaires pour négocier des relations plus sûres. Nous devons continuer à insister fortement sur l’accès à une éducation de qualité, car il s’agit du meilleur outil que nous ayons pour que nos jeunes filles restent en bonne santé, bien à l’abri du fléau que représentent des infections comme le VIH.

Julia Gillard est l’ancienne Première ministre d’Australie et préside le Partenariat mondial pour l’éducation depuis février 2014.