La corruption, parlez-en maintenant !

Par Mark Dybul, Directeur exécutif

dans Opinions le 21 avril 2016

Un acte de malversation, quel qu’il soit, ce sont des vies sauvées en moins, ce sont des infections qui auraient pu être évitées, ce sont des personnes qui ne recouvreront pas leur santé et qui ne pourront pas contribuer de nouveau à la collectivité.

La corruption sous toutes ses formes est inacceptable. Le Fonds mondial est un partenariat qui investit des sommes importantes d’argent public dans l’intérêt général. À ce titre, il a une responsabilité particulière. Chaque dollar, euro, livre ou yen doit être utilisé aux fins pour lesquelles il a été mobilisé. La vie des personnes touchées par le VIH, la tuberculose et le paludisme dépend d’investissements efficaces et les contribuables de tous les pays donateurs devraient exiger que des comptes leur soient rendus.

Le Fonds mondial observe une politique de tolérance zéro en ce qui concerne la corruption et les détournements de fonds. Lorsque nous découvrons que de tels détournements se sont produits − et quelle qu’en soit l’ampleur −, nous lançons systématiquement une procédure énergique de recouvrement. Lorsque le remboursement des sommes détournées prend un retard excessif, nous appliquons une pénalité en doublant le montant à rembourser.

Dans le cadre de notre action anticorruption, le Bureau de l’Inspecteur général du Fonds mondial a lancé cette année une campagne intitulée J’en parle maintenant ! Cette campagne a pour objectif d’inciter le personnel et les maîtres d’œuvre des subventions à dénoncer les fraudes, les abus et les violations des droits de l’Homme constatés dans les programmes que nous finançons, et d’éviter que des irrégularités mineures ne dégénèrent en malversations de grande ampleur.

Une plateforme a été mise en place, qui explique la procédure à suivre pour effectuer un signalement par des moyens sûrs, confidentiels et gratuits.

Il est bon de rappeler que le Fonds mondial exerce l’ensemble de ses activités dans un souci constant de transparence et de responsabilité, qu’il s’agisse des demandes et des décisions de financement, des performances des subventions ou des résultats, de la gouvernance et de surveillance des programmes. En rendant publics les rapports d’audit et d’enquête de l’Inspecteur général, le Fonds mondial fait figure de leader en matière de transparence. Il figure parmi les cinq organisations d’aide internationale en tête du classement 2016 de l’indice de transparence de l’aide.

Nous pouvons pourtant faire encore mieux. Nous ne négligeons pas et ne reculons pas devant les risques. Au contraire, nous adoptons une démarche volontariste, avec des contrôles stricts et une surveillance étroite, et nous prenons des mesures énergiques lorsque cela s’impose. Notre démarche est amenée à évoluer et nous entendons l’adapter pour la rendre encore plus efficace.

En tant que fondation, nous mettons en œuvre un cadre de gestion des risques, afin d’intégrer le risque dans la planification stratégique, les processus décisionnels et la culture du Fonds mondial. Nous utilisons « trois lignes de défense », une pratique courante dans le secteur des services financiers. Au Fonds mondial, notre première ligne de défense consiste à intégrer la gestion des risques dans l’établissement des subventions ; la deuxième ligne repose sur une surveillance globale coordonnée par une équipe chargée de gérer les risques ; la troisième ligne est assurée par le Bureau de l’Inspecteur général, qui réalise des audits et mène des enquêtes de manière indépendante.

Lorsque le risque est élevé et que la capacité de gestion financière est faible, le Fonds mondial crée une équipe d’agents financiers pour contrôler et surveiller les dépenses en temps réel, tout en renforçant la capacité des maîtres d’œuvre des subventions. De telles équipes ont été mises en place dans 20 pays nécessitant des contrôles et une surveillance accrus. Des procédures de sauvegarde supplémentaires ont été mises en place dans 16 autres pays, notamment des mesures pour protéger les subventions du Fonds mondial en cas de forte inquiétude liée à la gouvernance. Les deux tiers environ de ces procédures ont été mises en place préventivement par le Fonds mondial pour gérer les risques, tandis que les autres l’ont été suite aux recommandations du Bureau de l’Inspecteur général.

Parmi toutes les institutions multilatérales, le Fonds mondial est celle qui possède les systèmes d’audit indépendants les plus solides. Le Bureau de l’Inspecteur général réalise des audits et mène des enquêtes sur les subventions de manière indépendante. L’ensemble des audits et des enquêtes réalisés le Bureau de l’Inspecteur général sont rendus publics sur le site web du Fonds mondial.

Le partenariat du Fonds mondial est sur la bonne voie pour atteindre 22 millions de vies sauvées d’ici fin 2016. Pour y parvenir, notre action doit être la plus efficace possible et aucune place ne doit être laissée à la corruption quelle qu’en soit la nature. Cela exige que chacun fasse preuve de vigilance et ne reste pas silencieux face au moindre fait de corruption dont on pourrait être le témoin. Pour endosser pleinement la mission qui est la nôtre, nous devons nous engager à repérer et à signaler tout acte de malversation.