Hommage à Jo Cox

Par Mark Dybul, Directeur exécutif

dans Opinions le 29 juin 2016

La semaine dernière, Jo Cox aurait eu 42 ans. L’amour et l’émotion étaient omniprésents et ont pris corps dans le remarquable discours que son mari Brendan a prononcé à Trafalgar Square pour honorer sa disparition le 16 juin.

Jo avait en elle une lumière éclatante qui illuminait au travers de son regard brillant, de son sourire captivant et de son rire contagieux. Je voyais en elle une amie, une personne que j’adorais et pour laquelle je ressentais un lien profond et durable. Elle comptait parmi les personnes que j’aimais le plus au monde. Apprendre, la semaine dernière, que nous étions aussi nombreux à nourrir les mêmes sentiments à son égard a été pour moi une surprise, mais aussi une source d’humilité. Elle partageait généreusement sa lumière avec tout le monde. D’instinct, elle voyait la dignité et la valeur de chaque personne et donnait toute son attention à quiconque était devant elle. Elle était passionnée et avait des avis bien tranchés, mais elle acceptait les opinions contraires et débattait dans le respect, avec écoute et le cœur ouvert.

Fondamentalement, la base même de tout son discours – ce qu’elle ne cessait de répéter à tous ceux qu’elle rencontrait, y compris lors de sa première intervention au parlement – était que ce qui nous divise est bien moins important que ce qui nous unit. Elle avait une vision d’avenir et une ouverture sur les autres et encourageait tout le monde à partager cet état d’esprit. De sa grande expérience des campagnes politiques, elle savait que lorsque les personnes, les communautés et les nations se tournent sur elles-mêmes et plongent leur regard vers le passé, la peur et la haine qu’elle engendre sont susceptibles de nous détruire. L’histoire fourmille d’exemples des horreurs que les êtres humains peuvent s’infliger, les discours de haine, son assassinat, jusqu’à en adopter des lois lâches et haineuses qui alimentent le cycle de la peur, de la haine et de la mort et conduisent à la destruction à l’échelle planétaire. Ce qui s’est passé ces derniers mois à Bruxelles, Orlando ou Istanbul nous prouve que nous n’avons pas tiré les enseignements du passé.

Comme l’écrivait Jo peu de temps avant d’être brutalement assassinée, il est nécessaire d’engager un véritable débat sur les différences culturelles et religieuses. Cependant, si nous entamons cette démarche en nous tournant vers le passé et sur nous-mêmes, nous sommes voués à l’échec. En allant de l’avant et en nous ouvrant aux autres, il n’y a aucun problème que nous ne puissions résoudre.

La première fois que j’ai rencontré Jo, elle travaillait avec Sarah Brown à une campagne mondiale en faveur des droits et de la santé des filles et des femmes. Nous sommes restés en contact alors qu’elle menait un combat contre l’esclavage sous toutes ses formes, y compris la traite d’êtres humains et le mariage des enfants. Au début, son retour sur la scène nationale m’a déçu, mais il est ensuite apparu qu’elle allait faire la différence et que si les choses changeaient dans son pays, cela contribuerait à consolider l’engagement à l’étranger. Je travaille désormais pour une organisation extraordinaire, le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, fondé en 2002 pour donner corps à une vision mondiale de solidarité avec les personnes des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, afin qu’ils en finissent avec leurs épidémies. À l’époque, en finir avec les épidémies relevait du fantasme. Aujourd’hui, nous avons franchi un cap et nous savons comment cela peut être fait. Il s’agit d’un partenariat du 21e siècle, construit sur un cadre de responsabilités partagées et d’obligation mutuelle de rendre des comptes – une affirmation claire que si nous nous unissons, si nous travaillons ensemble, tout est possible.

Nous vivons un instant exceptionnel au regard de l’histoire. Tout évolue comme rarement auparavant – le pouvoir économique et politique, que ce soit au niveau personnel, national ou mondial, change rapidement et les idées circulent comme jamais avant cela. Les frontières et les murs du passé ont été abattus. Au milieu de changements aussi radicaux peut naître une peur qui nous amène à nous tourner sur nous-mêmes et à regarder en arrière, à rechercher dans un passé idéalisé un sentiment de sécurité illusoire. La tentation de reconstruire les frontières et les murs qui ne pourront plus jamais exister. L’histoire nous a clairement montré que lorsque nous empruntons cette voie, nous nous infligeons réellement l’un l’autre des choses horribles et les progrès technologiques ont fait faire un bond de géant à notre pouvoir de destruction.

Jo nous encourageait à prendre un autre chemin ; à toujours regarder vers l’avant et à nous ouvrir aux autres ; à aspirer au changement et à ne pas en avoir peur ; à interagir avec les autres avec humilité et humour ; à faire preuve de passion pour ce en quoi nous croyons, mais à écouter celles et ceux qui affichent la même passion pour un point de vue différent ; à avoir foi en la dignité et en la valeur de chacun.

L’amour et le soutien dont ont été entourés Jo et sa famille étaient émouvants, mais il nous faut désormais faire plus que lui rendre hommage. Nous devons l’honorer en suivant la voie qu’elle a tracée – en nous ouvrant sur l’extérieur et en regardant vers l’avenir ; en rejetant la peur et son corollaire insidieux, la haine. L’histoire nous a appris qu’aucun problème n’était insoluble si nous y mettions espoir et amour, plutôt que peur et haine. Mais le ferons-nous ? Célébrons chaque anniversaire de Jo en lui rendant hommage par notre action. Nous pouvons le faire.