Plus qu’une ligne de vie

dans Opinions le 22 juillet 2016

Des éclats de rire, puis le silence tandis que les filles s’observent nerveusement. Enfin, avec un sourire timide et un regard à ses amies, une des jeunes femmes s’est levée et s’est saisie de l’emballage violet, qu’elle a déchiré en prenant une grande inspiration.

« Voilà comment on utilise un préservatif féminin », a-t-elle dit avec un petit rire, avant de se lancer dans une explication claire et posée de la manière d’insérer et de retirer le préservatif.

À 19 ans, Helana Ernesto, participe à une séance d’éducation en compagnie de cinq autres filles âgées de 15 à 19 ans, pour en apprendre davantage à propos de la prévention du VIH, des pratiques sexuelles sans risques et de leurs droits en matière de santé. Ce programme s’inscrit dans le cadre d’une démarche nationale reposant sur des agentes de santé communautaire – des militantes, comme on les appelle au Mozambique – pour aller à la rencontre des groupes les plus exposés au risque de VIH et de tuberculose.

Au Mozambique, comme dans la majeure partie de l’Afrique orientale et australe, le VIH frappe de manière disproportionnée les jeunes femmes et les adolescentes.

En moyenne, les filles sont susceptibles de contracter le VIH huit ans avant les garçons et les infections qui les touchent progressent à une vitesse terrifiante. Dans les pays les plus durement touchés, les filles représentent plus de 80 pour cent de l’ensemble des nouvelles infections parmi les adolescents. Ainsi, plus de 7000 filles et femmes âgées de 15 à 24 ans sont infectées par la VIH chaque semaine.

« Les filles et les jeunes femmes sont l’incarnation de cette épidémie. Notre meilleure chance consiste à les mettre au cœur de nos préoccupations pour qu’elles deviennent l’incarnation de l’espoir et du cours de l’histoire qui s’inverse », a déclaré Graça Machel, la première à prôner le combat contre le VIH dont sont victimes les jeunes femmes et les filles au Mozambique. « Rien ne peut remplacer la prévention. Si une personne est infectée et placée sous traitement pendant l’adolescence, elle le sera jusqu’à ses soixante ou soixante-dix ans. Nos systèmes de santé ne pourront pas faire face, sauf si nous prévenons et enrayons les infections à la source. »

Arrivent alors les militantes, à l’image d’Amelia Luis Zandamela. Les militantes sont issues des communautés où elles travaillent et ne sont généralement guère plus âgées que les filles elles-mêmes. Amelia Zandamela, qui dirigeait la séance ce jour-là dans une communauté en périphérie de la capitale Maputo, rencontre 12 groupes différents de filles, six à chaque fois, pour donner des explications sur le VIH et les moyens de s’en protéger. Elle organise ensuite des suivis personnalisés tous les trois mois avec chacune des filles pour répondre à des questions précises et voir si elles ont adopté un comportement sûr, mais aussi pour prévoir un dépistage du VIH ou de maladies sexuellement transmissibles au besoin.

Le programme est axé sur le VIH, mais il va bien au-delà. Il véhicule un message d’autonomisation, un encouragement à prendre leur propre santé en main. Dans un pays où il n’est pas rare que les adolescents – garçons ou filles – soient discriminés par les services de santé s’ils souhaitent un traitement ou des informations à propos de problèmes de santé sexuelle, cet aspect constitue un élément fondamental de la séance.

Amelia Zandamela le dit aux filles : « N’ayez pas peur de vous exprimer. Allez en consultation si vous avez des questions ou si vous voulez un dépistage. Même si le médecin est un homme, n’ayez pas peur. Vous avez le droit d’être là et de comprendre ce qu’il se passe. »

Il s’agit de la première séance de groupe pour ces filles : la première évaluation des risques visant à déterminer ce qu’elles savent, à entendre leur expérience et à répondre à leurs questions. Il y a aussi un service de téléassistance, « Alô Vida » (la « ligne de vie »), que les filles peuvent appeler si elles ont des questions. Les filles scolarisées, comme celles-ci, reçoivent également une éducation à la prévention du VIH en classe.

Il semblerait que le message passe. Alors que toutes les filles présentes à la séance de ce jour ont un petit ami, elles sont résolues à faire passer leur santé en premier.

« Nous avons des discussions sérieuses à propos du VIH », indique Helana en parlant de son petit ami de 21 ans. « Il est très ouvert et j’ai été très claire. Je dois aller à l’école et faire mes devoirs et j’aime jouer au football et au volleyball. Et je refuse que quoi que ce soit m’en empêche. »