20 millions de vies

Par Mark Dybul, Directeur exécutif

dans Opinions le 01 septembre 2016

Le Fonds mondial annonce aujourd’hui que 20 millions de vies ont été sauvées grâce aux programmes qu’il soutient. Ce chiffre incroyable témoigne des progrès époustouflants réalisés dans la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme et va de pair avec les efforts engagés pour bâtir des systèmes résistants et pérennes pour la santé. Les investissements consentis par les partenaires internationaux du secteur de la santé et les engagements plus fermes adoptés par les pouvoirs publics nationaux se conjuguent dans un mouvement sans précédent, qui a permis de transformer le quotidien et les moyens d’existence d’innombrables personnes.

Mais que signifie concrètement ce chiffre ? Une vie sauvée, c’est une mère épargnée qui pourra élever sa fille et lui apprendre à se protéger du VIH, ou bien un père qui peut subvenir aux besoins de sa famille sans craindre le spectre de la tuberculose. C’est une petite fille qui, protégée du paludisme, survivra au-delà de son cinquième anniversaire et deviendra médecin, peut-être même le prochain dirigeant de son pays. Chaque vie épargnée est un pas de plus vers la construction de pays prospères à l’économie florissante.

Il n’est plus à prouver que la santé entretient une causalité à double sens avec la pauvreté. Ainsi, alors que la santé des populations s’est améliorée, la pauvreté mondiale a été divisée par deux en l’espace de 20 ans, soit la réduction la plus rapide dans l’histoire de l’humanité. Quand leur économie se porte bien, les pays se trouvent mieux armés pour combattre les maladies. L’espérance de vie a sensiblement progressé dans de nombreux pays. Nous sommes entrés dans un cercle vertueux contribuant à la fois à l’allongement de l’espérance de vie et à l’amélioration des moyens d’existence des populations.

Et pourtant, ces progrès remarquables n’ont pas profité à tous de la même manière. Les maladies frappent de manière disproportionnée les femmes et les filles, un constat qui vaut également pour les populations marginalisées, d’autant plus touchées qu’elles demeurent livrées à l’opprobre social. Les professionnels du sexe, les consommateurs de drogues injectables, les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, les personnes transgenres, les migrants et les détenus, entre autres groupes, sont encore aujourd’hui les premières victimes de nombreuses maladies infectieuses.

Le partenariat du Fonds mondial accélère tout particulièrement ses investissements en faveur de la prévention, du traitement et de la prise en charge de ces groupes de population. Ainsi, le Fonds mondial consacre 60 pour cent de ses dépenses à des actions en faveur des femmes et des filles et, au titre de sa Stratégie 2017/2022, il s’engage plus fermement encore à renforcer les programmes visant à éliminer les obstacles liés aux droits de l’Homme qui entravent l’accès aux services.

Ces points phares sont au cœur de la transition opérée par le Fonds mondial, qui, plutôt que d’affronter une crise, a choisi de tenter un combat que l’on pensait impossible à gagner depuis les débuts de la médecine moderne, à savoir l’élimination des épidémies de sida, de tuberculose et de paludisme. Parce que tous se sont ralliés à ce combat – depuis les décideurs jusqu’aux bénévoles dans les villages, depuis l’orphelin le plus démuni jusqu’au philanthrope le plus nanti –, nous sommes aujourd’hui en mesure de faire basculer l’histoire du bon côté.

Mais quand tout est sur le point de basculer, il faut veiller à ne pas retomber en arrière. Les données parlent d’elles-mêmes : si nous relâchons nos efforts avant d’être venus à bout des épidémies, le retour de flamme est inévitable. Or, quand les épidémies regagneront du terrain, comme c’est déjà le cas aujourd’hui, nous aurons à combattre des souches résistantes et multirésistantes qui menaceront la sécurité sanitaire mondiale et élargiront le spectre de la résistance antimicrobienne.

Les trois à cinq années à venir nous diront si notre génération marque l’histoire en mettant fin à ces épidémies ou si nous les laissons en héritage aux générations futures. Toutefois, pour remporter cette victoire, nous ne pourrons nous contenter de faire progresser la science et d’améliorer les politiques de santé. Nous devons faire notre introspection et devenir de meilleures personnes – panser les blessures de l’âme autant que celles du corps. Nous devons nous ouvrir à la différence – à l’autre – et composer cette humanité universelle que nous sommes censés incarner.

À une époque critique où le VIH se propageait sans que rien ne puisse l’arrêter, ajoutant aux souffrances causées par les fléaux séculaires que sont la tuberculose et le paludisme, l’humanité savait qu’elle pouvait mieux faire. C’est ainsi qu’est né le Fonds mondial. Loin de céder à la peur de la maladie et de la mort, le monde a fait front commun et a repoussé les limites du savoir et de la compassion. Dans cet élan solidaire et grâce aux programmes que nous soutenons, 20 millions de vies ont été sauvées et le quotidien de millions d’autres a été amélioré. En ce mois de septembre, les chefs d’État et de gouvernement se réuniront à Montréal pour reconstituer les ressources du Fonds mondial pour les trois prochaines années ; ce sera pour eux l’occasion de léguer aux prochaines générations un monde délivré des épidémies de sida, de tuberculose et de paludisme. C’est à nous de prendre la décision. Nous pouvons venir à bout des épidémies. Pour de bon.