Redynamiser la prévention du VIH

Par Mark Dybul, Directeur exécutif

dans Opinions le 01 décembre 2016

La prévention, un élément indispensable des initiatives visant à éliminer l’épidémie de VIH, reste nettement insuffisante, ce qui ouvre la voie à trop d’infections.

Selon les estimations, le virus du VIH a infecté 2,1 millions de personnes en 2015, dont 1,9 million d’adultes (un chiffre stable entre 2010 et 2015) et plus de 150 000 enfants. Ce sont autant d’êtres humains qui doivent désormais vivre avec une maladie que nous pouvons prévenir.

Le nombre de patients sous traitement contre le VIH augmente régulièrement et cela concerne aujourd’hui plus de 18 millions de personnes. C’est le fruit d’un travail impressionnant entrepris par de nombreux pays, un travail qui doit être poursuivi et intensifié.

Pour éliminer l’épidémie de VIH, nous devons également donner un nouvel élan à la lutte contre la maladie au moyen d’une démarche complète, qui fasse appel à des méthodes de prévention médicale et qui aille au-delà pour tenir compte des facteurs culturels et structurels faisant peser un risque sur les personnes et menaçant l’accès aux services. Nous devons réitérer notre engagement auprès des personnes laissées pour compte.

Les adolescentes et les jeunes femmes d’Afrique orientale et australe sont touchées de manière disproportionnée par le VIH. En 2015, quelque 7 500 jeunes femmes étaient testées séropositives au VIH chaque semaine. La prévention du VIH ne sera efficace que si nous travaillons plus rapidement et plus étroitement avec elles et avec les autres groupes les plus exposés, notamment les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, les communautés transgenres, les consommateurs de drogues, les migrants et les détenus.

Le Fonds mondial s’engage à faire plus pour dynamiser la prévention du VIH auprès de toutes celles et tous ceux qu’elle a oubliés. Nous entendons accélérer l’accès à des services complets de prise en charge du VIH, notamment au moyen d’activités de prévention combinée auprès des populations clés et vulnérables, et d’investissements dans des ripostes axées sur les personnes et dirigées par les communautés.

Nous nous attacherons à investir largement pour lever les obstacles à l’accès aux services de santé, qu’ils soient structurels ou liés au droits de l’Homme. L’inégalité, la pauvreté et la discrimination font courir aux personnes les plus touchées un risque encore plus grand de contracter le VIH. Nous porterons une attention accrue aux déterminants sociaux qui exposent les adolescentes et les jeunes femmes à la maladie dans les environnements à forte charge de morbidité. Nous chercherons à mettre en place de vastes partenariats qui encouragent la justice sociale à travers l’établissement de sociétés plus justes et plus équitables.

Nous savons que pour inverser la courbe des infections à VIH, nous devons continuer d’établir des alliances plus fortes en soutien à la prévention. L’engagement pris par les États membres de l’ONU à l’égard de la Déclaration politique de 2016 visant à investir au moins un quart des ressources mondiales liées au VIH dans des programmes efficaces de prévention primaire est un pas important dans la bonne direction.

L’Organisation mondiale de la Santé encourage un recentrage de l’attention portée à une prévention efficace, parallèlement à l’intensification des traitements antirétroviraux. L’OMS soutient également les innovations en matière de dépistage du VIH, dans le but d’atteindre les 14 millions de personnes infectées à VIH qui ne connaissent toujours pas leur statut sérologique. Nous nous engageons à encourager les pays à intensifier les initiatives innovantes propres à supprimer le VIH de la liste des menaces qui pèsent sur la santé publique. À ce titre, nous nous réjouissons de la prochaine publication des nouvelles recommandations de l’OMS concernant l’autotest et l’aide à l’information des partenaires en cas d’infection à VIH, qui coïncidera avec la journée mondiale de la lutte contre le sida 2016.

L’autotest est un excellent moyen d’atteindre les personnes qui ne connaissent pas leur statut sérologique. Cette stratégie novatrice permettra d’accélérer l’accès et le recours au dépistage du VIH, qui est particulièrement important pour les personnes les plus exposées au virus ou vivant dans des zones mal desservies par les services de dépistage. Ce service offrira un excellent moyen d’atteindre les personnes infectées à VIH qui ne connaissent pas leur statut sérologique.

Pour que cette initiative soit couronnée de succès, les partenaires mondiaux de la santé devront lui apporter tout leur soutien et garantir l’accès des personnes dont le test est positif à des tests de confirmation, à des traitements et à une prise en charge. Des initiatives de prévention complètes doivent également être mises en place pour les personnes dont le test est négatif. Le dépistage à l’échelle individuelle jouera un rôle déterminant dans l’inversion de la courbe des infections à VIH. C’est pourquoi nous apportons un soutien sans faille à cette initiative.

Les partenaires mondiaux de la santé doivent s’unir pour soutenir cette initiative et l’ensemble des activités visant à réduire le nombre de nouvelles infections à VIH. L’accélération de la prévention du VIH est non seulement essentielle en soi, mais c’est également le moyen le plus sûr d’assurer la pérennité des traitements. C’est uniquement en enrayant la progression des infections à VIH que nous pourrons réellement mettre un terme à l’épidémie.