Gommons le paludisme de la carte du monde

Par Mark Dybul, Directeur exécutif

dans Opinions le 13 décembre 2016

Le paludisme est une maladie ancestrale qui affectionne la pauvreté et les inégalités. Les initiatives de lutte contre le paludisme durent depuis des siècles. Une récente étude a révélé des preuves génomiques de la maladie dans l’Empire romain datant d’environ 2000 ans. En 1900, le paludisme était présent dans presque tous les pays du monde.

Pourtant, si nous observons la cartographie mondiale du paludisme au fil des ans, force est de constater que les avancées réalisées sont porteuses d’espoir. L’OMS a joué un rôle moteur dans la lutte contre le paludisme et ses campagnes d’élimination de la maladie dans les années 1950 ont incité la communauté internationale à investir pour son éradication. Les pays qui en avaient les moyens financiers et les capacités techniques s’en sont sortis, laissant les autres derrière eux.

Néanmoins, avec les objectifs du Millénaire pour le développement, tous les pays se sont unis et ont rappelé d’une même voix éloquente la nécessité de libérer la planète des pandémies, refusant l’idée qu’autant de personnes continuent, au seul motif qu’elles sont pauvres, de mourir de maladies que nous savons éviter et traiter. S’appuyant sur le principe d’investissement dans les régions les plus fortement touchées par la maladie et présentant les capacités économiques les plus faibles, ces pays ont créé le Fonds mondial en 2002, un partenariat chargé d’éliminer le paludisme, le VIH et la tuberculose.

Depuis, des progrès immenses ont été réalisés en matière de lutte contre le paludisme. Le Rapport sur le paludisme dans le monde publié cette semaine par l’OMS fait état d’avancées importantes. Selon ces données, le paludisme a entraîné la mort de 429 000 personnes dans le monde en 2015, contre 839 000 en 2000, l’année de lancement des objectifs du Millénaire pour le développement. En 2015, dix pays et territoires ont signalé moins de 150 cas autochtones de paludisme. Cela nous rapproche encore des objectifs mondiaux d’éliminer le paludisme dans au moins dix pays à l’horizon 2020.

Ces avancées s’expliquent par une intensification des investissements dans des outils de lutte contre la maladie. De nombreux pays du monde entier, notamment des bailleurs de fonds et les pays maîtres d’œuvre, ont investi massivement dans la prévention et la prise en charge du paludisme au travers du Fonds mondial. Celui-ci soutient près de la moitié des financements internationaux liés au paludisme, ce qui en fait le premier investisseur dans ce domaine à l’échelle mondiale. Les États-Unis et le Royaume-Uni sont les deux principaux bailleurs de fonds bilatéraux des programmes de lutte contre le paludisme dans le monde.

Les moustiquaires représentent l’outil de prévention le plus important, en particulier en Afrique subsaharienne, qui concentre plus de 90 pour cent des cas de paludisme signalés. Or, l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide en Afrique subsaharienne a considérablement augmenté ces cinq dernières années. Selon les estimations, 53 pour cent de la population exposée au risque dans cette région dormait sous des moustiquaires imprégnées d’insecticide en 2015, contre 30 pour cent en 2010. Ces cinq dernières années, la région a également enregistré une forte progression des tests de diagnostic pour les enfants et des traitements préventifs pour les femmes enceintes. Ces investissements jouent un rôle déterminant dans la réduction des cas de pathologies et de décès liés à la maladie.

Pourtant, malgré ces avancées, le paludisme demeure lié aux inégalités. Par exemple, selon les estimations, entre 2010 et 2015, les taux de décès liés au paludisme ont chuté de 31 pour cent dans la région africaine, de 58 pour cent dans la région du Pacifique occidental, de 46 pour cent dans la région de l’Asie du Sud-Est, de 37 pour cent dans la région des Amériques et de 6 pour cent dans la région de la Méditerranée orientale. Du reste, tout comme la région africaine selon la définition de l’OMS concentre 90 pour cent des cas de paludisme et 92 pour cent des décès liés à la maladie, la région européenne, pour sa part, était exempte de paludisme, aucun des 53 pays de la région n’ayant enregistré de cas de paludisme acquis localement pendant au moins une année.

Il est possible d’éliminer totalement le paludisme dans toutes les régions du monde. Peut-être plus qu’avec les autres pandémies infectieuses, il est tout à fait réaliste de viser l’élimination du paludisme à court terme. De nombreux pays y sont parvenus. Tous les pays en sont capables. L’exemple du Sri Lanka, déclaré exempt du paludisme en 2015, prouve que nous pouvons le faire.

Le succès du Sri Lanka est le fruit d’investissements concertés dans des activités de surveillance, de renforcement des ressources humaines de santé, de prévention et de lutte (consultations mobiles de prise en charge du paludisme dans les zones de transmission élevée, utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide et pulvérisation d’insecticide dans les maisons et les bâtiments). Tous les niveaux du système de santé sri-lankais ont été mis à contribution, de même que les communautés exposées au paludisme et des acteurs internationaux tels que le Programme d’éradication du paludisme, le Fonds mondial et l’Organisation mondiale de la Santé, dont le rôle de chef de file a été déterminant à chaque victoire sur la maladie. Le Sri Lanka prouve que nous pouvons éliminer le paludisme dans tous les pays.

L’élimination définitive du paludisme requiert une attention de tous les instants. Nous devons continuer d’investir et d’améliorer la qualité de nos programmes pour éviter des résurgences. Le Rapport 2016 sur le paludisme dans le monde note qu’en dépit d’une forte hausse des investissements internationaux dans la lutte contre le paludisme entre 2000 et 2010, les financements stagnent depuis cette date. En 2015, les financements liés au paludisme ont atteint 2,9 milliards de dollars US, soit 45 pour cent seulement des objectifs de financement pour 2020 selon la Stratégie technique mondiale de lutte contre le paludisme 2016/2030. Le rapport met en garde sur le fait que les financements totaux, nationaux et internationaux, liés au paludisme doivent fortement augmenter si nous voulons atteindre les objectifs de 2020.

Parallèlement à une hausse des financements, nous devons veiller à investir plus stratégiquement dans le but d’établir des systèmes résistants et pérennes pour la santé. Avant tout, nous devons investir davantage afin de réduire la pauvreté et les inégalités dans le monde. L’année dernière, la communauté internationale a pris, au travers des Objectifs de développement durable, des engagements sans précédents en vue de construire des sociétés plus justes. Compte tenu des enjeux majeurs que représente le réchauffement climatique, nous ne pouvons qu’être encore plus motivés à en finir avec le paludisme à l’horizon 2030. En investissant davantage dans cette cause, nous pourrons gommer plus rapidement le paludisme de la carte du monde et en finir avec cette maladie, pour de bon.