VIH : Oublions le caractère exceptionnel et finissons la partie

Par Peter Sands, Directeur exécutif du Fonds mondial

dans Opinions le 25 juillet 2018

Le rapport intitulé Advancing Global Health and Strengthening the HIV Response in the SDG Era: the International AIDS Society-Lancet Commission (« Faire progresser la santé mondiale et renforcer la riposte au VIH à l’ère des ODD : la Société internationale du sida-Commission Lancet ») propose une analyse opportune et convaincante de la situation dans laquelle nous nous trouvons en matière de lutte contre le VIH et de la façon dont le caractère exceptionnel des efforts déployés dans ce combat devrait évoluer pour répondre aux Objectifs de développement durable.

Le rapport de la Commission le dit sans ambages : nous ne nous dirigeons pas vers la fin de l’épidémie de VIH d’ici 2030. Cet objectif est toujours à notre portée, mais uniquement si nous engageons des fonds supplémentaires et si nous améliorons notre façon de faire les choses. Nous n’y parviendrons pas si nous nous contentons de ce que nous faisons maintenant, en n’insistant pas assez sur la prévention et en allouant des moyens financiers insuffisants.

Le développement à grande échelle des traitements antirétroviraux a, certes, permis de sauver des millions de vies et de ralentir l’épidémie, mais il faut agir avec plus de fermeté pour endiguer le flot des infections à VIH. En Afrique australe et orientale, il faut rompre le cycle qui nourrit les infections à VIH chez les adolescentes et les jeunes femmes. Ailleurs dans le monde, et plus particulièrement en Europe de l’Est et en Asie centrale, les populations-clés, comme les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, les consommateurs de drogues par injection, les travailleurs du sexe et les personnes transgenres, voient leurs taux d’infections à VIH monter en flèche du fait de la criminalisation, du rejet social et de l’indifférence. Nous n’étoufferons pas ces épidémies concentrées sans nous attaquer aux obstacles qui entravent l’accès aux services de santé et dont les causes profondes sont liées aux droits humains et aux questions de genre.

Ce besoin de donner un souffle nouveau à la bataille engagée contre le VIH est l’une des raisons pour lesquelles les programmes de lutte contre le virus doivent mieux s’intégrer aux initiatives menées pour consolider le système de santé dans sa globalité. Même si nous mobilisons davantage de ressources, nous devons rendre nos interventions plus efficaces et obtenir l’impact maximal pour chaque dollar investi. Pour y parvenir, il faut renforcer les capacités fondamentales, notamment le nombre de professionnels de santé qualifiés, des systèmes de données qui permettent une analyse granulaire, des mécanismes financiers qui garantissent le déploiement des fonds là où ils sont nécessaires, ou encore des chaînes d’approvisionnement qui assurent la livraison fiable des bons médicaments. Des efforts purement verticaux de lutter contre le VIH nous permettrons de gagner des batailles, pas la guerre.

Une autre raison justifie d’assurer une meilleure cohérence entre les programmes anti-VIH et les autres initiatives visant à améliorer les résultats des systèmes de santé : tirer parti et apprendre du caractère exceptionnel de la riposte au VIH. Comme jamais auparavant dans la santé mondiale, la lutte contre le VIH et le sida a fait participer la société civile, stimulé l’innovation et mobilisé des moyens sans précédents et tout cela en ayant en permanence à l’esprit les résultats à obtenir. C’est un extraordinaire sentiment de solidarité mondiale qui a inspiré la création d’institutions comme le Plan d’urgence du Président des États-Unis pour la lutte contre le sida (PEPFAR) et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et qui a permis de mobiliser des milliards de dollars pour l’aide internationale.

Instiller dans l’objectif de développement durable n° 3, plus large, les points forts de la riposte au VIH contribuerait à combler le fossé béant qui sépare l’ambition de la réalité dans la santé internationale.

Tout l’enjeu consiste donc à trouver des solutions pour aboutir à cette plus grande intégration sans perdre au passage ce qui a fait la réussite de la riposte au VIH. Nous ferions marche arrière si la généralisation des programmes anti-VIH dans d’autres services de santé devait leur faire perdre de vue les résultats ou diluer l’engagement.

Voir l’article complet dans The Lancet.