Quelles sont les nouveautés du projet Nouvelles moustiquaires ?

dans Opinions le 31 octobre 2018

The Global Fund / Karin Schermbrucker

Le Fonds mondial et Unitaid investissent chacun 33 millions de dollars US entre 2018 et 2022 dans la mise en service de nouvelles moustiquaires imprégnées d’insecticides afin de lutter contre les moustiques vecteurs du paludisme. Les explications ci-après apportent des réponses à certaines questions essentielles sur ce projet.

Pourquoi a-t-on besoin de nouvelles moustiquaires ?

Entre 2000 et 2015, l’incidence du paludisme a fortement chuté à l’échelle mondiale, une amélioration largement attribuée à l’utilisation accrue de moustiquaires imprégnées d’insecticide de longue durée. Cependant, les moustiques deviennent de plus en plus résistants aux insecticides à base de pyréthrinoïdes utilisés sur ces moustiquaires, qui risquent d’offrir une protection moins efficace. Pour maintenir les avancées obtenues face au paludisme et nous approcher des objectifs d’élimination de la maladie, nous devons continuer de développer et tester de nouveaux outils.

Quelles sont les nouveautés du projet Nouvelles moustiquaires ?

Le projet est novateur à bien des égards :

  • Nouveaux produits : le projet a vocation d’une part, à rassembler des éléments probants sur la prochaine génération de moustiquaires, qui sont traitées avec deux types distincts d’insecticides (on parle de moustiquaires à double imprégnation d’insecticides) afin d’améliorer la protection contre les moustiques, et d’autre part, à amorcer le marché.
  • Nouvelles preuves d’efficacité : le projet rassemblera des preuves de l’efficacité et du rapport coût/efficacité de ces nouvelles moustiquaires. La collecte de données épidémiologiques et les études sur le rapport coût/efficacité seront menées simultanément, ce qui réduira sensiblement le délai de mise sur le marché des nouvelles moustiquaires.
  • Nouvelles démarches en matière de planification de la lutte antivectorielle : pendant de nombreuses années, les pays ont distribué un seul type de moustiquaire. La planification s’en trouvait facilitée, eu égard au type de produit à tout le moins. Aujourd’hui, de nouveaux produits sont disponibles, comme les moustiquaires imprégnées à la fois de pyréthrinoïdes et de PBO, recommandées par l’OMS et qui sont de plus en plus utilisées (le PBO n’est pas un insecticide ; il sert à renforcer l’action des pyréthrinoïdes). Maintenant qu’ils ont accès à ces produits et aux moustiquaires à double imprégnation, les pays doivent établir de nouveaux plans opérationnels et déterminer quels types de moustiquaires doivent cibler quelles zones. Ce projet vise à identifier les meilleurs moyens d’y parvenir.
  • Nouvelles méthodes de travail : Le Fonds mondial et Unitaid ont imaginé et financé le projet main dans la main. Loin de se contenter d’un simple cofinancement, les deux entités adoptent une démarche partenariale constructive, mêlant leurs compétences complémentaires au service des objectifs du projet. L’Initiative du Président des États-Unis contre le paludisme et la Fondation Bill et Melinda Gates sont des partenaires opérationnels et financiers clés. Une coalition dirigée par Innovative Vector Control Consortium met en œuvre le projet.

Où seront-elles déployées ?

L’OMS n’a pas encore publié de recommandation confirmant que ces nouvelles moustiquaires devaient être préférées aux produits standards dans les pays touchés par la résistance aux pyréthrinoïdes. Des preuves supplémentaires doivent être recueillies au préalable. Dans le cadre de ce projet, une étude approfondie évaluera l’efficacité de ces moustiquaires au Bénin par rapport aux moustiquaires standards, afin de fournir des preuves définitives.

Elles seront également déployées dans le cadre de projets pilotes, dans des zones soigneusement sélectionnées de six à huit pays. Ces pays représenteront des contextes variés (profil épidémiologique, entomologique et résistance aux insecticides) de manière à mettre en évidence les avantages supplémentaires de ces moustiquaires plus coûteuses selon les environnements. Ces informations aideront les pays à prendre des décisions éclairées sur l’utilisation de leurs budgets respectifs alloués à la lutte antivectorielle. Dans un premier temps, les moustiquaires seront distribuées en 2019 au Burkina Faso en Afrique de l’Ouest, et au Rwanda en Afrique de l’Est. En concertation avec le Fonds mondial et Unitaid, le comité d’orientation du projet sélectionnera des pays supplémentaires pour d’autres projets pilotes en 2019, 2020 et 2021.

Pourquoi devraient-elles protéger plus efficacement contre le paludisme ?

Les premières études montrent que les nouvelles moustiquaires repoussent et tuent les moustiques plus efficacement, y compris ceux qui résistent aux pyréthrinoïdes. Étant imprégnées de deux insecticides, elles tuent quand même les moustiques résistant à l’un des deux. De ce fait, elles devraient mieux protéger les personnes qui les utilisent et réduire la prévalence du paludisme dans les communautés si un nombre suffisant de moustiquaires est utilisé dans l’ensemble de la zone. Le projet est également pensé pour influer sur la procédure d’évaluation et de commercialisation des nouvelles moustiquaires. Cela devrait accélérer le délai de mise à disposition des nouvelles moustiquaires là où les deux insecticides sont nouveaux et très efficaces contre les moustiques, ce qui pourrait ralentir massivement le développement d’une résistance aux insecticides et allonger la durée de vie utile de ces produits.

À qui bénéficieront ces nouvelles moustiquaires ?

Nous pensons que des communautés entières en bénéficieront là où les moustiquaires sont déployées. Les enfants de moins de cinq ans, les plus touchés par la maladie et les décès liés au paludisme, en tireront les avantages sanitaires les plus directs.

En définitive, appuyées par des études probantes et des recommandations de l’OMS, les nouvelles moustiquaires deviendront un outil de prévention efficace dans la lutte contre le paludisme à l’échelle mondiale, sauveront davantage de vies, réduiront la charge de morbidité liée au paludisme touchant les communautés et les pays, et contribueront à dynamiser les avancées vers l’élimination de la maladie.

Quand saurons-nous si ces nouvelles moustiquaires protègent plus efficacement du paludisme ?

Les résultats préliminaires de l’étude approfondie au Bénin et d’une autre étude en cours en Tanzanie seront disponibles en 2021. Les résultats définitifs devraient être disponibles au premier trimestre 2022 et seront soumis à l’examen de l’OMS. Si les nouvelles moustiquaires sont jugées plus efficaces que les produits standards, elles pourront être ajoutées à l’arsenal des outils de lutte contre le paludisme dans le monde.