Comment nous pouvons permettre au plus grand nombre d’accéder aux traitements pour venir à bout du VIH

Par Philippe François, Directeur des achats et de la chaîne d’approvisionnement

dans Opinions le 16 octobre 2019

Depuis sa création en 2002, le Fonds mondial a sauvé 32 millions de vies ! Ce chiffre remarquable est le fruit des nombreux efforts déployés par les acteurs qui composent le partenariat du Fonds mondial, notamment les gouvernements maîtres d’œuvre, les organismes multilatéraux, les partenaires bilatéraux, la société civile, les personnes touchées par les maladies et le secteur privé.

Dans la lutte contre les épidémies, la question de l’accès aux traitements est sans-doute le point clé. Les ruptures de stocks, la mauvaise qualité des médicaments ou un approvisionnement insuffisant mettent des vies en danger, c’est pourquoi près de la moitié des investissements du Fonds mondial dans les programmes de santé est dédié à l’achat et à la gestion de médicaments dont la qualité est garantie. En 2017, cela représentait environ 2 milliards de dollars US. Au total, les achats du Fonds mondial représentent 10% du marché mondial de la santé publique.

Les spécialistes des achats et de la chaîne d’approvisionnement du Fonds mondial concentrent leurs efforts sur trois services essentiels. D’abord, nous négocions des accords de long terme avec nos fournisseurs pour assurer que les médicaments et les produits de santé dont la qualité est garantie restent constamment disponibles à des prix abordables. Ensuite, grâce à notre plateforme d’achat en ligne wambo.org, nous donnons à nos partenaires dans les pays maîtres d’œuvre la possibilité d’obtenir et de signer des accords sur le long terme pour qu’ils puissent avoir accès à des médicaments de qualité et minimiser le risque potentiel d’achat de médicaments au niveau local. En 2018, nous avons conclu des accords-cadres pluriannuels avec des fournisseurs de médicaments contre le VIH, grâce auxquels il sera possible d’économiser 324 millions de dollars US d’ici la fin 2021, et de fournir des médicaments vitaux à plus de quatre millions de personnes. Enfin, nous collaborons avec les pays maîtres d’œuvre afin d’optimiser l’efficacité de leur chaîne d’approvisionnement pour que les médicaments arrivent véritablement dans les mains du patient. Je crois résolument en des chaînes d’approvisionnement agiles et 100% axées sur les besoins du patient.

Afin d’optimiser l’accès aux médicaments et aux technologies à l’échelle du globe, nous avons conçu le Mécanisme d’approvisionnement Groupe du Fond Mondial (PPM), un outil d’achat groupé qui réunit les volumes de commandes au nom des bénéficiaires en vue de négocier les prix et les conditions de livraison avec les fabricants. Parmi les produits disponibles via ce mécanisme, on trouve les médicaments antirétroviraux, les antipaludéens, les moustiquaires imprégnées d’insecticide de longue durée, les médicaments essentiels utilisés dans les programmes de lutte contre le VIH et les préservatifs, les tests de charge virale et les tests de diagnostic rapide. En 2018, les économies réalisées grâce à ce mécanisme s’élevaient à 175 millions de dollars US, ce qui a permis aux partenaires de faire un usage optimal des ressources et de sauver ainsi davantage de vies. De plus, 83% des livraisons étaient complètes et dans les délais, ce qui a fortement contribué à réduire le nombre de ruptures de stock signalées.

Toutefois, ce n’est pas uniquement dans notre façon de gérer les achats et l’approvisionnement que nous avons progressé. Nous avons aussi progressé en obtenant la réduction significative du prix des médicaments et des équipements de santé. En 2000, un traitement antirétroviral d’un an coûtait plus de 10 000 dollars US. Il en coûte à peine 69 aujourd’hui. La concurrence des produits génériques, survenue grâce à l’octroi de licences sur des produits brevetés, a changé la donne, en particulier pour le VIH. Avec l’aide de partenaires comme le Medecines Patent Pool (MPP), le Fonds mondial a étendu l’accès aux produits vitaux dans les pays qu’il soutient, mettant 18,9 millions de personnes sous traitement antirétroviral contre le VIH en 2018, et permettant à 83% de mères séropositives de rester en vie et de prévenir la transmission du virus à leurs bébés (contre seulement 1% en 2000).

Au cours des trois prochaines années, notre ambition est d’aider à sauver 16 millions de vies supplémentaires, de réduire de moitié les taux de mortalité imputables aux trois maladies et de bâtir des systèmes de santé plus solides. Dans ce combat, les challenges sont nombreux, mais les opportunités sont réelles. Nous allons devoir réaliser des économies durables sur les prix des produits de santé et renforcer la sécurité d’approvisionnement, mais aussi collaborer avec des partenaires comme le Global Drug Facility, l’ONUSIDA et le MPP pour stimuler l’octroi volontaire de licences et la mise en commun de brevets. Nous devrons aussi soutenir l’innovation pour améliorer les formulations pharmaceutiques, et pour permettre le déploiement de technologies médicales efficaces et moins onéreuses. Nous devrons enfin ouvrir l’accès à notre plateforme d’achat numérique aux pays assurant eux-mêmes leurs achats.

Ce texte est également paru sur le site internet de Medicines Patent Pool