Paludisme et COVID-19 : foire aux questions avec le Dr Scott Filler

22 avril 2021 par Scott Filler, Chef du paludisme

En tant que chef de l’équipe chargée du paludisme au Fonds mondial, Dr Scott Filler s’assure que nous investissons, à l’échelle mondiale, dans les interventions les plus fructueuses dans la lutte contre la maladie. Pour lui, le paludisme est un combat personnel. Lors d’un voyage au Kenya alors qu’il était étudiant, il s’est fait piquer par un moustique qui lui a transmis le paludisme. Il a ensuite dû lutter pour sa vie. Depuis ce jour, il se consacre entièrement à l’élimination de la maladie – que l’on peut prévenir et traiter et qui coûte la vie à un enfant toutes les deux minutes.

Le COVID-19 constitue un tout nouveau défi pour l’équipe chargée du paludisme. Le rapport du Fonds mondial sur l’impact du COVID-19 montre que les diagnostics du paludisme ont chuté de 31 % dans 32 pays d’Afrique et d’Asie entre avril et septembre 2020, par rapport à la même période en 2019.

L’histoire a démontré que la maladie regagne toujours en force dans de tels cas. Même des avancées impressionnantes peuvent être réduites à néant en une seule saison de transmission et la maladie peut reprendre vigueur si l’on ne maintient pas une lutte efficace. La situation peut être pire encore après une « reprise » qu’avant la mise en place des mesures de lutte contre la maladie, car les populations ont perdu l’immunité partielle acquise par une exposition répétée au paludisme.

Le 25 avril était la journée mondiale de lutte contre le paludisme. Pour l’occasion, le Dr Filler a répondu à des questions concernant l’impact du COVID-19 sur le paludisme et les moyens mis en œuvre pour être #Unisdanslalutte contre les deux maladies avec nos partenaires du monde entier.

Quelles ont été les répercussions globales de la pandémie de COVID-19 sur la lutte contre le paludisme ?

Déjà, avant la pandémie, les progrès de la lutte contre le paludisme stagnaient depuis 2015. Comme l’indique le rapport du Fonds mondial sur l’impact du COVID-19, de nombreux programmes en cours visant à mettre fin à l’épidémie de paludisme ont été interrompus en raison du COVID-19, et cela se poursuivra au moins jusqu’à l’été 2022.

Des adaptations ont été mises en place pour atténuer l’impact de cette interruption. On peut classer les programmes de lutte contre le paludisme en deux groupes d’activités : les campagnes de prévention et les services courants. Chaque groupe requiert un ensemble d’adaptations différent.

Quelles mesures d’adaptation le Fonds mondial met-il en œuvre en matière de prévention ?

Les campagnes de prévention comprennent la distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide de longue durée pour protéger les familles pendant leur sommeil, la chimioprévention du paludisme saisonnier (un médicament préventif antipaludéen destiné aux enfants de moins de cinq ans), et la pulvérisation intradomiciliaire d’insecticide à effet rémanent pour repousser les moustiques. Toutes ces campagnes sont essentielles pour combattre sans relâche le paludisme. Pour faire avancer ces actions dans le contexte de la pandémie, nous avons besoin de tout l’éventail de plaidoyers politiques.

À l’échelle globale, cela signifie qu’il faut éviter la suppression de toutes les campagnes. Si nous y parvenons, il faudra ensuite s’assurer que chaque personne impliquée dispose de l’équipement de protection individuelle (masques, gants, gel hydroalcoolique) dont elle a besoin.

Qu’en est-il des mesures d’adaptation pour les services de santé courants ?

Ces mesures ont été axées sur la transmission de messages visant à encourager les gens à accéder aux services de santé et à garantir que les agents de santé en première ligne puissent faire leur travail en toute sécurité. Les populations à risque doivent pouvoir accéder en permanence aux services de diagnostic du paludisme et aux traitements connexes.

Si ces populations ont trop peur de faire appel aux services de santé en raison du COVID-19, elles risquent de mourir chez elles, sans traitement. De plus, les personnes impliquées doivent disposer d’équipement de protection individuelle pour pouvoir offrir les services de diagnostic et les traitements en toute sécurité.

Selon vous, la pandémie de COVID-19 entraîne-t-elle des occasions de lutte contre le paludisme ?

Tout à fait. La pandémie contribue à concentrer les efforts sur l’infrastructure sanitaire publique. L’accès équitable aux services de santé primaire de base est l’épine dorsale de toute action de santé publique, notamment en cas d’épidémie, comme le montre le COVID-19. Il est également indispensable au contrôle du paludisme.

Le paludisme est l’exemple typique de la maladie infectieuse. Si nous continuons à renforcer l’infrastructure pour lutter contre le paludisme, nous serons mieux préparés pour la prochaine pandémie. L’identification de la maladie et le traçage des contacts existeront déjà. Ce que nous essayons de faire avec le paludisme – renforcer l’infrastructure sanitaire – est essentiel pour la sécurité sanitaire mondiale.

Nous ne devons jamais perdre de vue que le paludisme est probablement la plus importante maladie qui empêche les populations de sortir de la pauvreté. Espérons que le COVID-19 puisse nous aider à ne pas l’oublier.