En Eswatini, les jeunes femmes mènent la lutte contre le VIH et le COVID-19

21 juillet 2021

L’Eswatini a beau être un petit pays, il n’en mène pas moins une lutte musclée contre le VIH. Bien que le pays affiche un taux de prévalence du VIH parmi les plus élevés au monde, il a déjà atteint les objectifs mondiaux 95-95-95 liés au VIH fixés pour 2030, grâce à sa détermination politique et à ses efforts coordonnés avec des partenariats comme le Fonds mondial. Cela signifie que 95 % des personnes vivant avec le VIH en Eswatini connaissent leur statut sérologique, 95 % des personnes qui savent qu’elles sont séropositives au VIH ont accès à un traitement, et 95 % des personnes sous traitement ont une charge virale indétectable.

Toutefois, la crise du COVID-19 a du jour au lendemain mis en danger l’élan impressionnant de la lutte contre le VIH de l’Eswatini, menaçant même de poser un défi plus grand encore. En Eswatini, la prévalence du VIH est sensiblement plus élevée parmi les adolescentes et les jeunes femmes que parmi les adolescents et les jeunes hommes. Or, en 2020, en raison des mesures strictes de confinement destinées à endiguer la propagation du COVID-19, les séances cruciales de prévention du VIH pour les adolescentes et les jeunes femmes ne pouvaient plus être menées en présentiel dans les communautés. En outre, les gens ne pouvaient plus se procurer leurs médicaments, les écoles étaient fermées, et le confinement rendait difficile l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive, notamment aux contraceptifs, ce qui a entraîné une hausse des grossesses chez les adolescentes.

Pire encore, la pauvreté liée au COVID-19 a exposé les adolescentes et les jeunes femmes à des situations de vulnérabilité, aboutissant dans certains cas à des rapports sexuels monnayés intergénérationnels – des jeunes filles ayant des rapports sexuels avec des hommes plus âgés en échange de cadeaux, d’argent ou d’aliments – pratique qui contribue fortement aux infections au VIH dans le pays. Le nombre de signalements de violence fondée sur le genre a également augmenté de manière importante.

« Durant les confinements stricts, le nombre de grossesses d’adolescentes a augmenté dans le pays », affirme Nomathemba Siboza, chargée de programme à l’Assemblée de coordination des organisations non gouvernementales, connue sous l’acronyme anglais CANGO. CANGO travaille directement avec des organisations communautaires et de la société civile, ciblant les populations difficiles à atteindre et les plus vulnérables dans le cadre de la lutte contre le VIH.

Nomathemba Siboza coordonne des séances de réduction des risques destinées à aider les adolescentes et les jeunes femmes non scolarisées à être suffisamment informées, indépendantes et sûres d’elles pour éviter d’être infectées par le VIH. Ces séances sont animées par des pairs éducateurs, pour la plupart des jeunes femmes des communautés. Elles fournissent des informations sur la réduction du risque lié au VIH et l’accès aux produits et services de santé sexuelle et reproductive, notamment pour se faire dépister. Les séances offrent par ailleurs un accompagnement ultérieur, par exemple pour aider les filles à retourner à l’école ou à suivre une formation professionnelle pour gagner leur indépendance économique.

Jeunes animateurs montrant leurs prouesses en danse lors d’une activité de contact. L’un des objectifs de ces activités est de faire la promotion du programme de prévention du VIH et des séances de réduction des risques auprès des adolescentes et des jeunes femmes. Photo: CANGO/Kideo Nhlabatsi

Les adolescentes et les jeunes femmes sont exposées de manière disproportionnée au risque d’infection au VIH. Selon l’ONUSIDA, en Afrique subsaharienne :

  • chez les adolescents âgés de 15 à 19 ans, six nouvelles infections au VIH sur sept touchent des filles ;
  • les jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans sont deux fois plus susceptibles de vivre avec le VIH que les hommes ;
  • en 2020, les femmes et les filles représentaient 63 % des nouvelles infections au VIH.

À l’échelle mondiale :

  • les adolescentes et les jeunes femmes sont exposées à un risque considérable de violence fondée sur le genre. Plus d’un tiers des femmes dans le monde ont subi des violences physiques ou sexuelles de la part d’un partenaire intime ou des violences sexuelles de la part de quelqu’un d’autre que leur partenaire à un moment donné de leur vie. Dans certaines régions, les femmes qui ont subi des violences physiques ou sexuelles de la part d’un partenaire intime ont 1,5 fois plus de risques de contracter le VIH que les femmes qui n’ont pas subi de telles violences.

Lorsque le COVID-19 a frappé, Mme Siboza savait qu’il était crucial que les adolescentes et les jeunes femmes continuent de bénéficier des services de prévention du VIH au travers des séances organisées. Il fallait éviter de perdre l’élan acquis et d’exposer davantage au risque une population déjà vulnérable.

Pour surmonter les difficultés liées à la fourniture des services en situation de confinement, CANGO et les communautés ont uni leurs forces pour adapter les programmes et veiller à ce que les adolescentes et les jeunes femmes ne soient pas laissées pour compte. Tirant parti du soutien financier du Fonds mondial dans le cadre du dispositif de riposte au COVID-19 (C19RM) du Fonds mondial, Nomathemba Siboza et son équipe ont commencé à assurer les séances de réduction des risques pour adolescentes et jeunes femmes en ligne.

CANGO a coordonné ses travaux avec les partenaires de mise en œuvre et les pairs éducateurs des communautés pour élaborer un programme de prévention du VIH à impartir à distance aux adolescentes et aux jeunes femmes. Pour le faire connaître, CANGO a lancé une vaste stratégie de mobilisation, passant notamment au crible ses bases de données, contactant les participantes par téléphone, plaçant des affiches dans les bâtiments communautaires et ayant recours aux stratégies de recrutement par les réseaux sociaux.

2. Jeunes femmes participant à un exercice de stimulation, avant la pandémie de COVID-19. Photo: CANGO/Kideo Nhlabatsi

Les séances étaient assurées par des conférences téléphoniques que les participantes pouvaient suivre gratuitement sur un téléphone portable. Elles couvraient des sujets importants tels que la prévention et le dépistage du VIH, les infections sexuellement transmissibles, la contraception, la violence fondée sur le genre et le COVID-19. « Ces séances étaient très stimulantes, relate Nomathemba Siboza. Parfois, elles dépassaient l’horaire prévu parce que les adolescentes et les jeunes femmes avaient beaucoup de questions à poser. C’était une bonne stratégie. »

Lorsque les mesures de confinement et autres restrictions ont été levées, les séances de réduction des risques ont pu reprendre en présentiel, en petits groupes, avec des mesures de protection des participantes comme le contrôle de la température, le gel hydroalcoolique et le masque. Plus important encore, grâce aux mesures innovantes prises pour adapter le programme, « lorsque des confinements stricts sont à nouveau proclamés, nous passons en ligne, nous pouvons passer du présentiel au virtuel en fonction du niveau des restrictions dans le pays », explique Mme Siboza.

Le Fonds mondial est partenaire de l’Eswatini depuis 2003 et a décaissé 292 374 647 dollars US aux fins de la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme et de la mise en place de systèmes résistants et pérennes pour la santé. Par ailleurs, au travers du dispositif de riposte au COVID-19, le Fonds mondial a mis à disposition 5 184 666 dollars US supplémentaires en 2020 pour aider l’Eswatini à lutter contre le COVID-19, à adapter ses programmes de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme et à renforcer ses systèmes de santé. Pour en savoir plus sur la lutte de l’Eswatini contre le VIH, la tuberculose et le paludisme, consultez l’Explorateur de données du Fonds mondial.