La lutte contre la violence envers les femmes et les filles au temps du COVID-19

25 novembre 2021

Le COVID-19 et les mesures de confinement sont un enjeu qui dépasse la sphère de la santé publique ; ils représentent une menace pour les droits humains. En effet, on a enregistré durant la pandémie une recrudescence de la violence fondée sur le genre (VFG) – le fait qu’une personne soit agressée en raison de son genre ou de son identité de genre – et de la violence entre partenaires intimes. Les mesures de confinement ayant entraîné la fermeture de refuges et l’interruption de services de prévention, certaines populations – en particulier les populations les plus vulnérables à la violence – se sont retrouvées exposées à un risque accru d’agression.

La fermeture des écoles a précarisé les adolescentes et les jeunes femmes face aux conséquences néfastes de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire, certaines étant poussées à adopter des comportements à risque, comme les rapports sexuels monnayés intergénérationnels (où des jeunes femmes et des filles ont des rapports sexuels avec des hommes plus âgés en échange de cadeaux, d’argent ou de nourriture). Ces comportements comptent parmi les facteurs prépondérants de la transmission du VIH. Les confinements ayant réduit l’accès aux services relatifs à la santé et aux droits sexuels et reproductifs, on a également observé une hausse des grossesses chez les adolescentes coïncidant avec la fermeture des écoles. Les filles et les femmes, y compris les femmes transgenres, sont touchées par la violence fondée sur le genre de manière disproportionnée, bien que des hommes et des garçons en fassent également l’objet.

La riposte au COVID-19 du Fonds mondial repose sur une approche axée sur les droits humains et tenant compte du genre. En concertation avec les pays, nous cherchons à riposter plus efficacement au COVID‑19 et à atténuer les conséquences néfastes de la pandémie sur les programmes actuellement soutenus par le Fonds mondial. L’approche intégrée du Fonds mondial prend en considération la communauté, les droits et le genre, et accorde une attention particulière aux personnes les plus marginalisées. Nous adaptons nos activités d’égalité des genres et de défense des droits humains aux nouveaux défis du COVID‑19, et nous appuyons la mobilisation des communautés clés et touchées dans les processus de prise de décision. Nous plaçons les personnes les plus vulnérables et les plus à risque au cœur des programmes que nous soutenons, car personne ne doit être laissé pour compte.

Les pays ont inclus des interventions et des activités visant la violence fondée sur le genre dans leurs demandes de financement au titre du dispositif de riposte au COVID-19 (C19RM) du Fonds mondial. Voici deux exemples illustrant les impacts de ces investissements et leur complémentarité avec les initiatives des pays.

Kenya

Une intervenante donne une formation à des pairs, qui deviendront à leur tour intervenants en riposte et en prévention de la VFG dans leur communauté.
Photo: Croix-Rouge du Kenya

Au Kenya, la VFG était déjà un enjeu avant le COVID-19. Le Fonds mondial collabore avec des partenaires, notamment le Conseil national de lutte contre le sida (NACC), la Croix-Rouge du Kenya, le ministère de la Santé et le ministère des Services publics, de la Jeunesse et des Affaires de genre, pour mettre en œuvre des programmes de soutien aux adolescentes et aux jeunes femmes. Les programmes de lutte contre la VFG comprennent une vaste composante communautaire. Les jeunes sont au cœur des interventions, agissant comme défenseurs de la prévention de la VFG au sein des communautés et informant leurs pairs de leurs droits. Le programme facilité par la Société de la Croix-Rouge du Kenya habilite les survivantes de VFG à obtenir justice : les personnes qui connaissent bien leurs droits sont plus susceptibles de s’en prévaloir.

La pandémie a conduit à une recrudescence de la violence fondée sur le genre et des violences domestiques. Le nombre de cas de violence sexuelle signalés a atteint un sommet sur trois ans en septembre 2020. Selon une estimation sommaire de la Croix-Rouge du Kenya, une proportion importante des survivantes de VFG étaient des adolescentes et des mineures. Pendant les périodes de confinement au début de la pandémie, les adolescentes et les jeunes femmes avaient un accès réduit aux lieux sûrs habituels, comme les écoles, ce qui a multiplié les risques de grossesse précoce au sein de cette population. Les confinements ont affecté d’autres populations vulnérables, notamment en raison de l’interruption des services de prévention du VIH et de l’accès à des produits essentiels comme les antirétroviraux, les préservatifs, la prophylaxie pré-exposition, la prophylaxie post-exposition et les lubrifiants.

Par les investissements ciblés du C19RM, le Fonds mondial et ses partenaires nationaux, dont la Croix-Rouge du Kenya, appuient les survivantes de violence sexuelle et fondée sur le genre, tout en mettant l’accent sur les activités de prévention et en améliorant l’accès aux soins médicaux et psychosociaux pour les survivantes. Ces investissements aident également les survivantes à obtenir justice, par le biais d’une assistance parajuridique et de procédures pénales contre les agresseurs. Les droits humains sont, pour le Fonds mondial, une priorité de la riposte au COVID-19. Le financement C19RM au Kenya appuie la surveillance des violations des droits humains en lien avec le COVID-19, ainsi que l’intensification des services d’urgence pour les victimes, comme les refuges. Le programme favorise également un dialogue permanent entre les forces de l’ordre et les collectivités concernant les services de police adaptés, y compris les interventions en cas de VFG et des violences domestiques.

« Les jeunes mentors et facilitateurs du programme sont devenus des pairs leaders qui ont très bien compris leur rôle de défenseurs pour mettre fin à la violence sexuelle et à la violence fondée sur le genre qui frappe les enfants, les adolescentes et les jeunes femmes dans leur communauté et leur comté, déclare Emily Muga, de la Croix-Rouge du Kenya. Leur volonté de mettre fin à la violence sexuelle et fondée sur le genre inspire leurs pairs à passer à l’action, pour leur propre bien et celui des autres. »

Zimbabwe

Des membres d’un organisme communautaire de plaidoyer affilié aux centres One Stop dispensent de l’information sur la VFG dans leur communauté.
Photo: Conseil national de lutte contre le sida, Zimbabwe

Au Zimbabwe, le Fonds mondial lutte contre la VFG avec des partenaires comme des organismes communautaires de plaidoyer, le PNUD, ONU Femmes, le Conseil national de lutte contre le sida (NAC) du Zimbabwe et le ministère des Affaires des femmes, des Communautés et du Développement des petites et moyennes entreprises, lequel est responsable de coordonner la riposte nationale à la VFG. Le partenariat a mis sur pied des programmes de lutte contre la VFG dans des districts ciblés du pays, sélectionnés pour leur charge élevée de morbidité imputable au VIH, ainsi que des programmes plus larges de services aux adolescentes et aux jeunes femmes.

Parmi les programmes de lutte contre la VFG, on compte des initiatives de prévention où les activistes sensibilisent le public à la question. Une partie de ces activistes suit une formation selon le modèle SASA!, une approche de mobilisation communautaire visant la prévention de la violence envers les femmes et du VIH qui a été développée en Ouganda.

Ailleurs, les activistes rejoignent des programmes de prévention du VIH dans les écoles et livrent des messages de prévention de la VFG. Les centres One Stop sont un autre élément important de la lutte contre la VFG. Rattachés aux établissements de santé, ils se spécialisent dans les interventions en lien avec la VFG et le soutien aux survivantes. Gérés par la Zimbabwe Association of Church-Related Hospitals (ZACH), une organisation confessionnelle partenaire du Fonds mondial, ces centres réunissent à une même adresse les services multisectoriels pour la VFG, notamment des services de santé fournis par des infirmières spécialisées, des services juridiques servant d’intermédiaire entre les survivantes et le système judiciaire, et un soutien socioéconomique. Les centres One Stop desservent des adolescentes et des femmes plus âgées.

La pandémie de COVID-19 a obligé ces services à s’adapter, le Zimbabwe ayant imposé d’importantes restrictions et de longs confinements.

Le ministère de la Santé du Zimbabwe a mis en service des cliniques mobiles dans le but d’atteindre un plus grand nombre de personnes. Les centres One Stop s’y sont joints, prenant place dans les fourgonnettes mobiles se rendant dans les communautés afin d’offrir leurs services. Les activistes sont aussi montés à bord, pour militer contre la VFG dans les communautés. Cette approche s’est révélée extrêmement fructueuse. Les cliniques mobiles ont enregistré une meilleure affluence que les centres fixes, parce qu’un plus grand nombre de femmes victimes de violence familiale ont été mises au courant de l’existence de services de soutien. Encouragé par ces succès et appuyé par les investissements du Fonds mondial au titre du C19RM, le Zimbabwe porte à grande échelle son modèle de cliniques mobiles. Cette stratégie sera maintenue après la pandémie, car elle offre aux survivantes de VFG un accès à des services vitaux dans les zones les plus éloignées.

« La création des centres One Stop s’est accompagnée d’une hausse des déclarations de cas de VFG dans les communautés, explique Chidzewere Nzou, de la Zimbabwe Association of Church-Related Hospitals. Les communautés font de plus en plus confiance aux soins dispensés aux survivantes de violence. L’aide juridique procure aux femmes vulnérables une protection contre les auteurs de crimes, ce qui conduit à une hausse des signalements. Les aiguillages par l’intermédiaire des centres One Stop ont également conduit à une hausse de la demande de services de dépistage du VIH et de counseling. »

Conclusion

Les inégalités de genre sont une dimension des pandémies qui est souvent ignorée, de sorte que ce sont les populations les plus vulnérables qui subissent les pires conséquences. Dans sa nouvelle stratégie pour la période 2023-2028, le Fonds mondial s’est engagé à collaborer de façon intégrée avec les pays pour s’attaquer aux inégalités et aux obstacles liés aux droits humains et au genre et pour intensifier et renforcer les interventions de prévention et de riposte visant la violence fondée sur le genre. Le Fonds mondial déploiera un effort concerté, coordonné et intensifié avec l’ensemble du partenariat pour instaurer des changements durables qui permettront de mieux atteindre les personnes les plus vulnérables à l’infection, de protéger les droits des communautés et des individus touchés et d’obtenir des résultats plus équitables en matière de santé.