Bureau de l’Inspecteur général

Message du Directeur exécutif – Rapport consultatif sur l’Afrique de l’Ouest et du Centre

31 mai 2019

Peu après mon arrivée au poste de Directeur exécutif, en 2018, j’ai demandé au Bureau de l’Inspecteur général de mener un examen consultatif sur la mise en œuvre des subventions en Afrique de l’Ouest et du Centre. L’objectif était de mieux cerner les obstacles éventuels à la mise en œuvre et d’identifier les possibilités d’amélioration des résultats du programme. Dans cette région, le Fonds mondial s’est heurté à toute une série de problèmes, notamment une faible absorption, des difficultés de gestion financière et un manque de coordination entre les partenaires. Je souhaitais une évaluation objective de la manière dont nous relevions ces défis en vue de déceler des possibilités d’amélioration.

Je tiens à remercier le Bureau de l’Inspecteur général pour les efforts consacrés à cet examen approfondi. Parmi les problèmes décrits dans le présent rapport, nombreux sont bien connus du personnel du Secrétariat et les recommandations concordent avec les efforts que nous déployons actuellement pour surmonter les obstacles à la mise en œuvre dans cette région. S’appuyant sur de nombreux entretiens avec les partenaires de mise en œuvre et sur une analyse rigoureuse des données des programmes, le rapport fournit une excellente analyse des succès remportés et des difficultés auxquelles nous sommes confrontés dans la région. Nous nous félicitons également des nombreuses recommandations figurant dans le rapport, qui nous fournissent des idées et des options sur lesquelles travailler et dont nous pouvons évaluer la faisabilité alors même que nous cherchons à accroître l’impact dans ces pays critiques. En fait, le rapport s’appuie sur plusieurs initiatives que nous avons mises en place et sa publication montre bien qu’il faut en accélérer les progrès.

La description par le rapport de l’état actuel de la lutte contre les trois maladies est mitigée. Dans une région caractérisée (comme décrit dans le rapport) par une grande fragilité et de l’instabilité, des systèmes de santé faibles, une marge budgétaire restreinte, un financement de la santé limité et un déficit de financement considérable, des progrès significatifs ont été accomplis en matière de réduction de la mortalité liée au paludisme (- 37 pour cent depuis 2010) et au VIH (- 23 pour cent), même si, malheureusement, les décès liés à la tuberculose ont augmenté (+ 5 pour cent). L’absorption à l’intérieur des pays est maintenant meilleure que la moyenne pour le reste de l’Afrique, à 77 pour cent contre 74 (bien que cet indice composite masque des écarts entre les pays, dont certains n’ont pas encore atteint ce niveau).

Le Fonds mondial investit massivement dans la région de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, avec des décaissements de 6,9 milliards de dollars US depuis 2002. Sur ce total, plus de 3,3 milliards de dollars US ont été consacrés au paludisme, soit 30 pour cent des investissements du Fonds mondial dans la lutte contre la maladie (pour 40 pour cent de la charge de morbidité), plus de 2,7 milliards de dollars US pour le VIH, soit 14 pour cent de l’investissement total consacré au virus pour 9 pour cent de la charge mondiale de morbidité, et plus de 700 millions pour la tuberculose (y compris VIH/tuberculose), ce qui représente 9 pour cent des dépenses et de la charge de morbidité. Depuis 2014, 1,1 milliard de dollars US ont été investis dans les systèmes résistants et pérennes pour la santé, soit 36 pour cent de l’investissement total réalisé au cours de cette période. De fait, eu égard au contexte unique de cette région, notamment la fragilité globale des systèmes de santé dans lesquels le Fonds mondial investit, le rapport note à juste titre que ce dernier déploie 5 ETP pour 100 millions de dollars de subventions dans cette région, contre 2 dans le reste de l’Afrique.

Le rapport reconnaît que certains des obstacles les plus critiques qui empêchent d’obtenir un impact plus marqué, comme la fragilité et l’instabilité des États ou les faiblesses du leadership politique et de la gouvernance globale, échappent au contrôle du Fonds mondial. Parallèlement à cela, il propose une série de recommandations sur les changements à apporter éventuellement aux procédures du Fonds mondial, des modifications dans les accords de mise en œuvre des subventions, des améliorations de l’assistance technique et des investissements dans les systèmes de santé et des solutions pour renforcer l’accès à la santé. Ces recommandations fournissent des idées et des options inestimables au moment où nous travaillons pour améliorer l’impact dans toute la région. Certaines reflètent des initiatives en cours (comme l’examen thématique des frais d’utilisation) ou une étape logique dans la mise en œuvre de politiques spécifiques (notamment, le recours optimal aux souplesses prévues dans la politique relative aux contextes d’intervention difficile). D’autres, à l’image des recommandations visant à assouplir une partie du contrôle fiduciaire, devront être soigneusement évaluées pays par pays en adoptant une démarche fondée sur les risques. En effet, bien que les pays de cette région aient reçu 18 pour cent du total cumulé des investissements du Fonds mondial, ils représentent plus de 44 pour cent des dépenses non conformes. Certaines recommandations devront également être examinées du point de vue de l’ensemble du portefeuille du Fonds mondial, car elles auraient des répercussions au-delà de cette région. Enfin, il existe un ensemble de recommandations sur lesquelles nous devrons garantir la participation de nos partenaires, notamment du ministère de la Santé de chaque pays, et des organismes comme Expertise France et l’OMS, qui fournissent une assistance technique.

Pour aller plus loin, étoffer et tester les recommandations du rapport et les traduire en changements concrets, nous envisageons trois domaines d’activité. Tout d’abord, l’examen et la modification des politiques internes et de la manière dont elles sont mises en œuvre (notamment celles qui ont trait au contrôle fiduciaire), comme indiqué dans le rapport. Deuxièmement, la réalisation des examens pays par pays, en collaboration avec les autorités publiques, les maîtres d’œuvre dans le pays, les partenaires techniques et d’autres parties prenantes, afin d’élaborer des plans d’action spécifiques et pratiques pour chaque pays, en définissant clairement les responsabilités des différents partenaires. Enfin, troisièmement, la mobilisation des partenaires autour des questions (comme la fourniture d’une assistance technique à long terme) dont la résolution dépasse le mandat et les ressources du Fonds mondial.

Ma décision de demander au Bureau de l’Inspecteur général de mener cet examen consultatif traduit l’importance que nous attachons au renforcement de l’impact dans la région d’Afrique de l’Ouest et du Centre. La réussite dans cette partie de l’Afrique est essentielle pour atteindre les objectifs généraux du Fonds mondial. Nous nous félicitons du rapport et sommes résolus à travailler avec nos partenaires pour traduire ces connaissances et ces conclusions en améliorations concrètes de nos résultats collectifs dans la lutte contre les trois maladies dans cette région.

Cordialement,
Peter Sands
Directeur exécutif