Au-delà de l’incision -

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Lutgard Oketch lève le doigt et s’en sert pour représenter un pénis. Elle est entourée de trois douzaines d’hommes, pour la plupart des conducteurs de moto-taxis de la province de Nyanza, dans l’ouest du Kenya. Dans le cadre de son travail de « mobilisatrice de circoncision », elle parcourt les villages du comté de Siaya, dans la province de Nyanza, où elle encourage les hommes qui n’ont pas été circoncis à le faire pour se protéger contre le VIH.

Par ce matin ensoleillé, Lutgard arrive à un croisement poussiéreux où une foule de motards est réunie, en train de parler de concerts et de filles. Ils la saluent avec enthousiasme et forment un cercle autour du banc de bois où elle est assise. Les questions fusent. Elle prend la pose pour leur expliquer où un anneau en plastique utilisé pour la circoncision est placé sur le pénis et si la circoncision rend le pénis moins sensible.

Ici, à Nyanza, où vivent les Luo, une communauté ne pratiquant pas la circoncision masculine, celle-ci s’est heurtée à une certaine résistance. Lutgard et ses collègues de l’ICAP, une agence qui réalise la circoncision masculine, aident à huiler les rouages de l’évolution culturelle vis-à-vis de la circoncision. Et ils sont en train de gagner la bataille. Dans un effort de lutte contre le VIH, les hommes commencent à accepter cette pratique inconnue dans la culture de leurs ancêtres. La circoncision masculine médicale prévient 60 pour cent des infections au VIH qui surviendraient si elle n’était pas pratiquée. Tandis que les campagnes en faveur de la circoncision masculine cherchent à encourager le plus grand nombre possible d’hommes à se faire circonscrire, les responsables de la santé publique reconnaissent l’influence des femmes lorsqu’il s’agit d’attirer davantage d’hommes vers les cliniques de circoncision. La clé de la réussite consiste à aller plus loin que la simple circoncision et à couvrir un ensemble étendu de services comme le dépistage du VIH et le conseil, l’usage correct et systématique des préservatifs masculins et féminins, le traitement des infections sexuellement transmissibles et la promotion de comportements sexuels plus sûrs.

Au-delà de l’incision – Dans la province de Nyanza

Au Kenya, la prévalence du VIH est la plus élevée dans la province où le taux de circoncision masculine est le plus faible.

En 2007, des essais liés à la circoncision masculine en tant qu’instrument de prévention du VIH menés au Kenya, en Ouganda et en Afrique du Sud ont fourni de solides indications quant à la réussite de cette procédure et incité l’Organisation mondiale de la Santé et l’ONUSIDA à la recommander comme élément clé de la lutte contre le VIH. Les partenaires internationaux dans le domaine de la santé ont agi rapidement pour engager les communautés ne pratiquant traditionnellement pas la circoncision en faisant appel à la science, qui montre que les hommes circoncis risquent beaucoup moins de contracter le VIH par les rapports sexuels que les hommes qui ne le sont pas.

Au fil des ans, la science a aussi mis en avant les bénéfices de la circoncision masculine pour les femmes, notamment le lien indirect avec la réduction de l’incidence du VIH. Une étude menée en Afrique du Sud en 2014 a montré que le déploiement de la circoncision masculine était associé à la réduction de l’incidence du VIH chez les femmes qui avaient uniquement des partenaires sexuels circoncis. La pratique réduit également le risque pour les femmes d’être infectées par le virus du papillome humain (VPH), qui peut provoquer le cancer du col de l’utérus.

De plus, la circoncision masculine médicale suppose davantage qu’une simple incision et englobe un ensemble étendu de services comme le dépistage du VIH et le conseil, l’usage correct et systématique des préservatifs masculins et féminins, le traitement des infections sexuellement transmissibles et la promotion de comportements sexuels plus sûrs.

Les autorités sanitaires de la province de Nyanza, où l’épidémie de VIH a eu un impact dévastateur sur les communautés, ont misé sur cette pratique en 2008. Elles ont adapté leur culture pour y faire une place à la circoncision. Moins d’une décennie plus tard, les progrès accomplis sont remarquables.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, plus d’un million d’hommes ont été circoncis depuis 2008 au Kenya – pour la plupart dans la province de Nyanza – dans le cadre de la circoncision masculine médicale volontaire. Le pourcentage total d’hommes âgés de 15 à 49 ans circoncis dans le pays dépasse ainsi désormais les 90 pour cent.

Rien que dans le comté de Siaya, où travaille Lutgard, les partenaires locaux travaillant avec le programme national de lutte contre le sida et les infections sexuellement transmissibles (NASCOP) ont mené une campagne qui a vu plus de 200 000 hommes opter pour la circoncision médicale depuis 2008.

Principal partenaire du Fonds mondial dans la lutte contre le VIH au Kenya, le NASCOP a pris la tête de la révolution de la circoncision masculine médicale en coordonnant la mise en œuvre de cette intervention dans 10 comtés prioritaires, parmi lesquels celui de Siaya. Les partenaires internationaux dans le domaine de la santé au Kenya qui investissent dans l’augmentation du nombre d’hommes qui optent pour la circoncision médicale utilisent la structure du NASCOP, notamment ses groupes de travail techniques, pour coordonner leurs travaux au niveau national et des comtés.

Les milliers d’hommes qui décident de se faire circoncire contribuent à changer radicalement le tableau de la prévention du VIH au Kenya. Se situant aux alentours de 100 000 par an, le nombre de nouvelles infections au VIH dans le pays reste obstinément élevé. Le Kenya voit la circoncision masculine médicale comme cruciale pour réduire le nombre de nouvelles infections. De plus, il est avéré que le programme pourrait avoir un impact énorme sur le long terme.

Selon les estimations des études menées par des chercheurs de l’Imperial College London et de l’Institute for Disease Modeling, pour chaque circoncision masculine médicale réalisée aujourd’hui, entre 5 et 15 nouvelles infections devraient être évitées d’ici 2030. Ces bénéfices, qui profiteront aussi bien aux femmes qu’aux hommes, continueront de croître. Dans une dizaine d’années, les gains résultant de la circoncision masculine médicale dépasseront les investissements, du fait de la réduction des coûts futurs de traitement.

Pour atteindre ces objectifs, il faudra non seulement obtenir la participation des hommes, mais également obtenir le soutien des femmes en tant que mobilisatrices et partenaires de soutien.

« Je les suis jusqu’à leur lieu de travail, je les suis jusqu’à leur domicile », raconte Lutgard. « Nous devons le faire pour la communauté. »

Publié 08 juin 2016