« Il faut que cela s’arrête » : Lutter contre la violence fondée sur le genre au Cap

Partager cette page

Twitter Facebook
The Global Fund / Alexia Webster

« Pendant le viol, la seule chose à laquelle je pensais, c’était que tout mon monde était en train de s’effondrer. Tout s’écroulait », explique Samara, mère de trois enfants, calme et posée. « J’ai compris que je ne pourrais pas surmonter cela toute seule. » 

Comme des milliers d’autres femmes vivant au Cap ou aux alentours, Samara (pseudonyme) a composé le numéro de la ligne d’assistance de Rape Crisis Cape Town Trust, une organisation non gouvernementale dont les conseillers parlent anglais, xhosa et afrikaans. Quelques heures plus tard, elle avait un rendez-vous au centre médico-légal pour les victimes de viol de l’hôpital Victoria, où les victimes sont examinées, traitées et adressées à des professionnels pour des soins supplémentaires. Dans le petit bâtiment en briques à côté de l’hôpital, une conseillère de première intervention de Rape Crisis l’attendait. Ensuite, une procédure complète de prise en charge post-viol a été lancée.

Les conseillers de première intervention de Rape Crisis aux premières lignes de la violence fondée sur le genre

Les conseillers de première intervention de Rape Crisis Cape Town Trust, comme Nononelelo Mganu, sont formés à écouter les personnes ayant survécu à un viol avec compassion et à les soutenir dans les différentes étapes du suivi médical – y compris le traitement préventif contre le VIH. Les conseillers prennent garde à atténuer autant que possible le traumatisme que subissent les victimes en revivant le viol, tout en mettant en place les conditions nécessaires pour les protéger et pour constituer un dossier sur l’agression en vue d’une éventuelle plainte en justice, si c’est ce que les victimes souhaitent. Rape Crisis est partiellement soutenu au travers d’une subvention du Fonds mondial accordée au réseau NACOSA.

Comme dans tout pays où la prévalence de l’infection au VIH est élevée (plus d’un Sud-Africain sur 10 est séropositif), les viols constituent un facteur important de transmission du VIH. Une agression sexuelle violente peut entraîner un traumatisme de la paroi vaginale, qui favorise la transmission du virus. En outre, il arrive que des femmes évitent la discussion concernant des pratiques sexuelles sans risque ou l’utilisation d’un préservatif par crainte de violence. Parmi les jeunes Sud-Africaines (de 15 à 24 ans), on estime qu’environ une nouvelle infection à VIH sur quatre découle d’une forme de violence.

The Global Fund / Alexia Webster

Ainsi, les centres comme l’unité médico-légale de l’hôpital Victoria fournissent aux survivantes de viol une aide qui va bien au-delà d’une prise en charge clinique et psychologique. En effet, il s’agit également d’une course contre la montre afin de s’assurer que les patientes séronégatives bénéficient de prophylaxie post-exposition, qui peut réduire les risques d’infection de 80 pour cent. Les soins cliniques reçus incluent le traitement des blessures, le traitement prophylaxique des infections sexuellement transmissibles, la prévention des grossesses et l’orientation vers un accompagnement continu visant à empêcher les problèmes de santé mentale liés à un traumatisme psychologique non résolu.

Si elles le souhaitent, les victimes peuvent également bénéficier d’un soutien et être préparées aux diverses procédures du système pénal : dépôt d’une plainte auprès de la police, mise en liaison avec une assistance juridique, le cas échéant, et poursuite devant un tribunal. À long terme, il est indispensable d’améliorer l’accès à la justice, de mettre fin à la culture du silence et de sortir du cercle de l’impunité.

L’unité médico-légale fait partie d’un système de centres de soins « Thuthuzela », qui signifie « confort » en xhosa. Ce système est un exemple de collaboration extrêmement solide entre le personnel médical du Ministère de la Santé, les enquêteurs spécialisés de la police nationale d’Afrique du Sud, les procureurs du parquet national et les conseillers de première intervention de Rape Crisis.

Lorsque la conseillère Nono Magano accueille une survivante au centre, elle veille en premier lieu à la réconforter. « La plupart du temps, je me dis :J’aimerais tellement alléger votre souffrance», explique-t-elle. « J’aimerais pouvoir poser une main sur votre épaule jusqu’à ce que vous puissiez reprendre votre envol seule. » Les conseillers préparent également les victimes en vue de l’examen médico-légal effectué par un médecin ou une infirmière et qui vise à prélever du sperme, des cheveux ou toute preuve provenant du corps ou des vêtements de la personne. Un « dossier de viol » visant à stocker et à réunir les preuves matérielles sera essentiel lors des poursuites pour viol.

Nono Mganu (à droite) rencontre ses collègues conseillères pour passer en revue les cas récents et discuter des difficultés.

En tant que première personne que rencontrent les survivantes d’un viol, comme Samara, Nono est formée à faire preuve de respect et à être une oreille attentive et bienveillante. Un de ces principaux objectifs consiste à limiter le second traumatisme engendré par le fait de revivre le viol en gérant l’entretien avec prudence et en laissant la victime diriger la conversation. « Je ne savais pas à quoi m’attendre », se souvient Samara. « Je me demandais si j’allais être jugée sur mon passé ou sur mes erreurs. En fait, ce n’était pas du tout le cas. Ils étaient là pour m’encourager à parler, pas uniquement pour m’entendre, mais pour m’écouter. »

Après avoir eu la possibilité de prendre une douche et obtenu des vêtements propres, les survivantes reçoivent un colis de soins contenant des articles de toilettes, d’autres articles de bien-être, et souvent des messages de soutien et de réconfort des volontaires de la communauté qui ont préparé les paquets. Certains colis de soins comportent des jouets. En effet, bien que la plus grande majorité des survivantes d’un viol soit des femmes, les murs décorés d’animaux et de fleurs bigarrés, afin de rendre les pièces du centre de soins Thuthuzela agréables pour les enfants, rappellent de façon inquiétante que bon nombre de viols les concernent directement.

The Global Fund / Alexia Webster

En vue d’empêcher ou de réduire la violence à caractère sexiste et de fournir un soutien aux survivantes, le Fonds mondial intensifie les investissements en Afrique du Sud et ailleurs : un nouveau financement pour le programme de lutte contre la violence fondée sur le genre pour la période 2016/2019, en faveur de l’Afrique du Sud, prévoit 11,5 millions de dollars US destinés à la prévention de la violence fondée sur le genre et aux mesures visant à la combattre. Cette somme est gérée par le Communauté nationale du VIH et du sida d’Afrique du Sud (NACOSA) et la Fondation de lutte contre le sida d’Afrique du Sud (AFSA). En 2016, le programme de conseillers de Rape Crisis, avec le soutien du Fonds mondial et d’autres partenaires et donateurs, a apporté de l’aide à plus de 2 000 femmes.

Certes le programme de lutte contre la violence fondée sur le genre concerne principalement les jeunes femmes et les filles, mais il vise également d’autres populations à risque telles que les professionnels du sexe, les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes, les personnes transgenres et les personnes vivant avec des maladies infectieuses.

Pour Samara, le temps a passé depuis sa première visite où elle a au moins eu la certitude quant à son statut sérologique VIH et a porté plainte contre son mari. « Je ne cherche pas [à me venger] de ce qu’il m’a fait, du viol », dit-elle. « Je veux... qu’il sache qu’il ne manquera plus jamais de respect à une autre femme. Je ne m’étais jamais rendu compte de qui je suis vraiment, de ce que j’attendais réellement de la vie. Je ne voyais pas à quel point il était difficile, dans cette société, dans ce monde dans lequel nous vivons, d’avancer et de se dire “Cela suffit. Il faut que cela s’arrête.” ».

En savoir plus sur la manière dont les investissements du Fonds mondial aident les femmes et les jeunes filles.

Femmes et jeunes filles

Publié 04 avril 2017