Lors de sa première étude sur la prévalence de la tuberculose à l’échelle nationale, publiée en 2013, la Tanzanie s’est rendu compte que plus de 100 000 cas de tuberculose passent inaperçus chaque année – plus de 100 000 personnes dont la tuberculose n’est pas diagnostiquée, qui ne reçoivent pas de traitement et dont le cas n’est pas signalé. Selon Beatrice Mutayoba, directrice du Programme national de lutte contre la tuberculose et la lèpre, plus de 30 000 personnes non repérées par les systèmes de santé meurent chaque année.
« Nous sommes déterminés à inverser ces tendances, affirme-t-elle. Nous investissons dans la lutte contre la tuberculose dans les établissements de santé et étendons le combat au-delà de ces établissements, en vue d’identifier 70 pour cent des cas manquants de tuberculose et 80 pour cent des cas manquants de tuberculose multirésistante d’ici 2020. »
Les partenaires de la santé internationale peuvent tirer les leçons des efforts de la Tanzanie en vue d’étendre les interventions de proximité aux groupes marginalisés, tandis qu’ils affrontent l’un des problèmes les plus pressants auxquels les programmes de lutte contre la tuberculose sont aujourd’hui confrontés. Selon le Rapport 2016 sur la lutte contre la tuberculose dans le monde, 40 pour cent des 10,4 millions de cas de tuberculose et 80 pour cent des 580 000 cas de tuberculose pharmacorésistante à l’échelle mondiale ne sont pas repérés par les systèmes de santé chaque année.
Ces millions de cas manquant à l’appel se concentrent en Inde, en Indonésie, au Nigeria, au Pakistan, en Afrique du Sud, au Bangladesh, en République démocratique du Congo, au Mozambique, au Myanmar, en Éthiopie, en Thaïlande, aux Philippines, en Ouganda et – oui – en Tanzanie également. Ces quatorze pays représentent plus de 80 pour cent des cas manquants de tuberculose. Pour mettre fin à l’épidémie mondiale de tuberculose à l’horizon 2035, cible fixée dans la Stratégie de l’OMS pour mettre fin à la tuberculose, il est nécessaire de trouver, traiter et guérir davantage de cas de la maladie. Malgré les avancées de la lutte contre la tuberculose, la riposte reste insuffisante, de nombreuses personnes sont laissées pour compte et ne parviennent pas à accéder au traitement. C’est ce que révèle un nouveau rapport du Partenariat Halte à la tuberculose sur le plan mondial 2016-2020 pour éliminer la tuberculose.
Agents de santé communautaires
Parmi les autres soldats sur le pied de guerre en Tanzanie pour atteindre les personnes laissées pour compte dans la lutte contre la tuberculose figure Rashidi Gora, un agent de santé communautaire qui traque les cas manquant à l’appel à Dodoma, dans le centre du pays.
Pour Rashidi, trouver le prochain patient atteint de tuberculose est une mission vitale. Un matin il y a peu, ayant pris congé de sa femme, saisi son sac et enfourché sa moto, Rashidi a pris la direction des villages les plus reculés du district de Kondoa, dans l’intérieur du pays, où les routes accidentées disparaissent dans les champs de millet et de maïs s’étendant à l’infini.