Briser les Chaines du VIH

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The Global Fund / Nana Kofi Acquah

« Il est impensable pour moi de révéler mon statut sérologique à ma famille ! ». Cette phrase, on l’entend souvent à l’association Aboya, un centre pour femmes au Sénégal. Dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, l’image des femmes vivant avec le VIH est encore entachée par la prostitution, des mœurs légères et la dépravation. Ici, le VIH n’est pas seulement une menace sérieuse pour le développement social et économique, c’est une réelle menace pour l’existence même des femmes.

Ndéye Astou Diop, Noumousso Mariko, Oumou Diarra and Assétou Keita font partie des premières et des rares femmes à avoir courageusement franchi le pas dans leur pays afin de briser le silence. Elles ont ouvert la voie à d’autres et mènent le même combat : le droit à une vie saine et positive.

Au cœur de la question de l’épidémie de VIH en Afrique de l’Ouest et du Centre, on retrouve le rejet social et la discrimination qui entourent la maladie et se nourrissent des mythes sur la transmission du virus, des jugements moraux et d’un manque d’accès aux bonnes informations. L’histoire du VIH au Mali et au Sénégal se confond avec celle de milliers de femmes qui sont dénigrées, exclues et rejetées. C’est l’histoire de femmes qui sont rongées par l’inquiétude et la culpabilité, et par la peur constante d’être vues dans un centre de santé spécialisé dans le VIH.

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Ndéye Astou a découvert qu’elle était séropositive à la naissance de son deuxième enfant en 1998. « Ça a été un choc terrible, » se rappelle-t-elle. Mère de quatre enfants, Ndéye Astou est une fervente militante des droits en matière de santé reproductive pour les femmes vivant avec le VIH. En Afrique de l’Ouest et du Centre, le nombre d’enfants nés porteurs du virus est démesurément élevé, étant donné que les femmes – par peur d’être rejetées – ne participent pas aux programmes de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant.

Le partenariat du Fonds mondial soutient l’engagement du Sénégal à éliminer toute nouvelle infection à VIH chez les enfants. Selon l’ONUSIDA, entre 2010 et 2016, le nombre de nouvelles infections chez les enfants avait diminué de moitié, et en 2016, 55 pour cent des femmes enceintes avaient accès à un traitement antirétroviral.

Après avoir remarqué l’absence de femmes dans de nombreux groupes de lutte contre le VIH, Ndéye Astou a décidé de créer Aboya, un havre d’espoir où les femmes peuvent échanger en toute liberté et partager leurs joies et leurs peines, et où elles prennent soin les unes des autres. Près de 350 femmes se réunissent chaque semaine dans un lieu secret de la périphérie de la capitale et profitent de services de conseil, ainsi que d’une aide financière et sociale.

La plupart des femmes qui participent à ces séances ont confié qu’elles préféraient cacher leur statut sérologique pour éviter d’être mises à l’écart par leurs proches. Le rejet social nuit considérablement à la riposte au VIH. Par peur du déshonneur, les personnes et les familles sont moins à même de se protéger et de se procurer un traitement. Les préjugés affichés par les professionnels de la santé découragent également les personnes d’avoir une discussion franche sur leur vie sexuelle et de chercher à se soigner.

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Noumousso, connue sous le nom de Joie, explique que l’accès au traitement est, certes, important, mais qu’une attitude positive au regard de la maladie est essentielle. « Nous devons vivre et pas seulement essayer de rester en vie. Rire fait monter nos CD4 », plaisante-t-elle. « Je souris parce que j’ai de l’espoir et parce que je suis heureuse de voir d’autres femmes continuer de vivre leur vie avec le VIH. J’ai un travail et je peux subvenir aux besoins de mes enfants. Je suis une mère comme toutes les autres. » La détermination de Noumousso à répandre la joie et l’espoir dans les communautés touchées lui a valu une médaille d’honneur de la part de l’ancien président du Mali.

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« Les personnes vivant avec le VIH ont le pouvoir de briser la chaîne des nouvelles infections », explique Oumou, qui dirige un groupe de femmes à Bamako. Selon elle, si on n’élimine pas le rejet social lié au VIH dans les familles, dans les communautés, sur les lieux de travail et dans les établissements de soins, les effets de l’épidémie actuelle se feront sentir pour les générations à venir. Le VIH fait du secret son terreau.

Oumou anime une séance entre pairs au CESAC, un dispensaire spécialisé dans le VIH à Bamako qui fournit des soins à des centaines de patients chaque jour, dont 60 pour cent sont des femmes. Au cours de sa séance, elle aborde les malentendus et les fausses rumeurs concernant le traitement antirétroviral, qui ont mené à une faible observance et à l’échec du traitement.

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Le VIH expose au grand jour des réalités que les personnes ne se sentent pas à l’aise d’aborder. Dans un pays conservateur comme le Mali, le soutien de dirigeants religieux comme Thierno Thiam, un imam à Bamako, a été primordial pour permettre à Oumou et à ses pairs de faire entendre leurs voix en public. La population fait confiance aux dirigeants religieux et communautaires, qui peuvent ainsi jouer un rôle déterminant pour changer la société en profondeur.

Thiam dirige une coalition d’organisations confessionnelles qui a recours aux émissions de radio et aux sermons hebdomadaires pour plaider en faveur d’une meilleure intégration des personnes vivant avec le VIH. La coalition échange des informations sur les derniers progrès scientifiques concernant le VIH dans des langues locales, offre des conseils pour les couples sérodiscordants (quand une personne est séropositive et l’autre séronégative) et aborde les pratiques culturelles, comme le mariage forcé et le mariage des enfants, qui aggravent la vulnérabilité des femmes et des jeunes filles face au VIH.

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Dans les communautés rurales, des séances informelles entre pairs ont prouvé leur efficacité pour démystifier des légendes tenaces à propos du VIH. En exposant publiquement son statut sérologique, Assétou a encouragé 400 femmes dans 30 villages – qui dépendent énormément des guérisseurs traditionnels – d’aller recevoir des soins au CESAC.

« Les femmes ont moins peur et sont plus à l’aise à l’idée de parler du VIH. Elles remarquent que j’ai l’air en meilleure santé depuis que j’ai commencé le traitement », dit-elle. Au Mali, le partenariat du Fonds mondial contribue à hauteur de 70 pour cent aux services de prévention et de traitement.

En Afrique de l’Ouest, la faible prévalence du VIH dans la plupart des pays signifie que le virus est moins visible dans la société et dans les médias traditionnels et qu’il se perd bien souvent parmi d’autres priorités en matière de santé. Des études récentes soulignent de façon alarmante que la population n’a toujours qu’une connaissance lacunaire et inexacte de la maladie, en particulier les jeunes.

Lorsque les personnes sont capables de vivre dignement leur vie quotidienne sans craindre la discrimination ou de potentielles poursuites, il est plus probable qu’elles sollicitent des services de santé. Des femmes courageuses et des dirigeants religieux visionnaires sont en train d’ouvrir la voie et de sauver des vies.

En savoir plus sur la manière dont les investissements du Fonds mondial aident les femmes et les jeunes filles.

Femmes et jeunes filles

Publié 01 décembre 2017