Rwanda : la renaissance d’une nation

Il y a 25 ans, ce quartier paisible dans le nord du Rwanda était aux prises avec un horrible génocide qui a coûté la vie à plus de 800 000 personnes dans le pays.

Aujourd’hui, un groupe de femmes et d’hommes qui ont été témoins de cette violence y sont rassemblés, mais cette fois-ci pour chanter et danser. Quelques jours à peine avant que le Rwanda ne commémore le 25e anniversaire de la fin du génocide, ces femmes et ces hommes – tous agents de santé communautaire – viennent célébrer les progrès qu’ils ont accomplis dans leurs communautés où ils ont sauvé des vies grâce au traitement et à la prévention des maladies. On a rarement vu un pays se redresser aussi rapidement après une catastrophe et faire autant de progrès.

« Le Rwanda a pratiquement tout perdu – infrastructure, ressources humaines, même la confiance des gens. Nous avons dû rebâtir le pays à partir de rien », explique Diane Gashumba, la ministre de la Santé du Rwanda. « Nous avons dû sensibiliser les gens, faire en sorte que chacune et chacun participe à cet effort de reconstruction du pays. Ce qui a fait la différence, c’est que nos dirigeants ont décidé d’investir dans la population, de construire en s’appuyant sur les communautés. »

Entre 1990 et 2017, l’espérance de vie au Rwanda a progressé de 33 ans – une avancée plus rapide que celle de n’importe quel autre pays africain.

D’autres chiffres sont tout aussi impressionnants : le nombre de nouvelles infections à VIH est passé de 13 000 en 2014 à 7 400 en 2018 et celui des personnes vivant avec le virus et bénéficiant d’un traitement antirétroviral a connu une forte hausse, passant de 3 pour cent en 2004 à 83 pour cent en 2017.

Chose exceptionnelle, plus de 91 pour cent des habitants du pays ont une assurance-maladie, pour la plupart par les Mutuelles de santé, un plan d’assurance communautaire.

Comment le pays a-t-il pu se relever si rapidement après de telles difficultés ? Une partie des réponses sont à chercher dans la façon dont le Rwanda a investi dans la santé de sa population.

Très tôt dans le processus de reconstruction, les dirigeants rwandais ont décidé qu’il fallait œuvrer avec plus d’énergie et plus de rapidité pour sauver des vies, peut-être parce que le pays en avait perdu tellement en si peu de temps. À la fin du génocide, en juillet 1994, les infrastructures sanitaires avaient été anéanties.

Aujourd’hui, il existe de nombreuses solutions de santé faisant appel aux technologies de pointe, comme la livraison de matériel médical par drones dans des villages isolés. Cependant, la technologie ne s’arrête pas aux drones et prend d’autres formes, notamment un système de gestion de l’information en continu qui communique en temps réel des messages concernant des cas sanitaires précis jusqu’au sommet de la hiérarchie du Ministère de la Santé – depuis les agents de santé communautaire jusqu’à la ministre.

Madame Gashumba explique que le gouvernement a, d’emblée, reconnu que la santé était au cœur des priorités de reconstruction du pays. Une grande part des investissements de santé est allée à l’embauche et au déploiement de plus de 58 000 agents de santé communautaire qui passent de village en village à la recherche de quiconque présente des signes de maladie – fortes fièvres ou toux persistante – afin de mettre ces personnes en relation avec les services de soin et de traitement.

Quand on parle de surveillance des maladies par les agents de santé communautaire, tout est pratiquement dit : il s’agit d’être à l’affût du moindre signe de maladie. C’est là le cœur même de l’action de santé communautaire, un élément essentiel à la lutte contre des maladies infectieuses comme la tuberculose et le paludisme. Formant la première ligne de défense contre les maladies au sein de sa communauté, Esther Mukagatare investit une part importante de son temps à chercher des personnes atteintes de tuberculose qui pourraient avoir échappé aux mailles des systèmes de santé. Son salon fait office de cabinet de consultation d’où elle opère un triage sommaire et, parfois, réalise des tests pour des maladies comme le paludisme.

The Global Fund / Vincent Becker

Cédric Irakiza, un orphelin de 14 ans, est arrivé dans le village d’Esther il y a environ un an pour y vivre dans une famille d’accueil. Esther vient en aide à tous les gens du village et s’intéresse aux nouveaux arrivants, car elle veut s’assurer que toutes les personnes dont elle a la charge restent en bonne santé.

Quand Esther a entendu que Cédric souffrait d’une toux persistante, elle l’a accompagné au centre médical pour y faire un bilan de santé. Sur place, il a eu un dépistage pour la tuberculose et un test du VIH.

The Global Fund / Vincent Becker

Les agents de santé communautaire s’occupent également de tâches moins classiques lorsqu’il s’agit de protéger la population de maladies comme le paludisme. Lors d’une visite récente dans le district de Bugesera, Vincent Niyindorera, un agent de santé communautaire, s’est déchaussé, a retiré ses chaussettes et a relevé son pantalon jusqu’aux genoux. Il montrait comment il passait une garde de nuit de six heures à servir d’appât humain pour les moustiques. Il capture ensuite les insectes pour évaluer l’incidence de la pulvérisation intradomiciliaire à effet rémanent sur la prévention du paludisme.

The Global Fund / Vincent Becker

À l’issue de sa garde, il livre les moustiques à un laboratoire où les entomologistes Jackie Mupfasoni et Annonciata Kagoyire essaient de comprendre les habitudes alimentaires des moustiques et de recueillir des informations en temps réel sur les insectes présents dans les villages.

Le laboratoire cherche à savoir s’il y a des anophèles mortels et s’ils sont porteurs du parasite responsable du paludisme susceptible d’être transmis aux humains. Le travail de Vincent Niyindorera sert à prendre rapidement des décisions politiques et programmatiques pour veiller à ce qu’aucun Rwandais ne meurt inutilement de la maladie. Son travail contribue à mener le combat contre une maladie qui a tué de nombreuses personnes dans le pays.

The Global Fund / Vincent Becker

De toutes les innovations qui ont transformé la santé des Rwandais, les agents de santé communautaire arrivent en tête de liste. Ces hommes et ces femmes (elles représentent 60 pour cent de l’ensemble) se répartissent dans tout le pays où ils constituent la première ligne de défense contre les maladies. Ils éduquent la population, traitent les maladies et contribuent à prévenir d’éventuelles flambées épidémiques.

« Notre système de santé se construit à partir des communautés, à partir de chaque famille. C’est un système de santé qui se concentre davantage sur l’aspect préventif que curatif », explique Mme Gashumba. « Nous avons tout décentralisé pour être certains que les services sont proches de la population. »

À un poste frontière chargé entre le Rwanda et la République démocratique du Congo, des professionnels de santé et des dirigeants agissent pour empêcher le virus d’Ebola d’arriver dans le pays. L’alerte est maximale dans toute la région depuis que la flambée de maladie à virus Ébola a tué plus de 2000 personnes en RDC.

Le trait de génie du programme d’action de santé communautaire au Rwanda vient de ce qu’il ne se contente pas combattre les maladies. Il va bien au-delà en servant de mécanisme destiné à dynamiser les économies locales. Au travers de coopératives soutenues par les autorités locales, les agents de santé communautaire mettent en commun leurs économies et leurs connaissances pour investir dans différents secteurs de l’économie.

De meilleurs résultats économiques engendrent un cercle vertueux où chacun contribue à favoriser le développement des autres. Parallèlement à l’amélioration de ses résultats dans le domaine de la santé, le Rwanda a connu un formidable essor économique avec une croissance moyenne de plus de 7 pour cent au cours des dix dernières années. On y construit de magnifiques routes et des gratte-ciels à un rythme que peu d’autres pays connaissent dans le monde.

Le Rwanda est un endroit neuf, radicalement différent du pays qui a été secoué par un génocide il y a 25 ans. Cette différence n’est pas à chercher uniquement dans les progrès économiques réalisés, mais aussi dans une nouvelle génération de jeunes femmes et de jeunes hommes qui ont le sentiment d’appartenir à une nation et non plus à tel ou tel groupe ethnique. À 22 ans, Rose Yambabariye, une étudiante employée à la comptabilité des agents de santé communautaire au centre commercial de Karongi, résume ce changement en quelques mots : « Aujourd’hui, nous n’avons plus ni Tutsis, ni Hutus. Nous sommes tous des Rwandais. »