Une nouvelle ligne de défense : comment les innovations et l’IA transforment la lutte contre la tuberculose
Dans le domaine de la santé, l’engouement ne manque pas autour de l’intelligence artificielle (IA). Et en matière de lutte contre la tuberculose, elle est déjà en train de provoquer une véritable révolution. Les appareils de radiographie numérique portables utilisent l’IA pour stabiliser l’image. L’analyse des résultats des radiographies par l’IA permet un dépistage à grande échelle et de haute qualité des cas de tuberculose, même dans les contextes les plus pauvres et les plus difficiles, où les médecins sont rares et les radiologues inexistants. Il ne s’agit pas d’une vision d’avenir, mais d’une réalité dans plus de 22 pays où le Fonds mondial investit dans des programmes de lutte contre la tuberculose. Avec les progrès du diagnostic moléculaire et les nouveaux appareils à piles qui amélioreront considérablement la rapidité et la précision du diagnostic de la tuberculose, nous assistons à une transformation de la manière dont nous identifions les personnes souffrant de cette terrible maladie, qui tue encore plus que n’importe quel autre agent pathogène infectieux.
Aujourd’hui, près de 2,5 millions de personnes développent une forme active de la tuberculose sans jamais être diagnostiquées et traitées. Avec le dépistage assisté par l’IA, couplé à un diagnostic moins cher, plus rapide et plus précis, nous pouvons faire chuter ce nombre drastiquement : davantage de personnes sous traitement, des centaines de milliers de vies sauvées et des millions de nouvelles infections évitées.
Bien entendu, les technologies innovantes ne suffisent pas à elles seules. Elles doivent être déployées à grande échelle auprès des personnes qui en ont le plus besoin. En ce qui concerne la tuberculose, les personnes les plus à risque sont généralement les communautés les plus pauvres et les plus marginalisées. Ce sont elles qu’il faut atteindre. C’est pourquoi un pays comme l’Indonésie, dont la charge de morbidité de la tuberculose est l’une des plus importantes au monde, a totalement repensé son approche de la maladie. L’Indonésie est à l’avant-garde du déploiement d’un dépistage et d’un diagnostic innovants au niveau communautaire. La mise sous traitement a été transférée des hôpitaux isolés vers plus de 460 centres de santé locaux, ou puskesmas. Dans bon nombre des pays les plus touchés par la tuberculose, il est essentiel de faire appel aux cliniques et aux pharmacies du secteur privé pour étendre le nombre de personnes bénéficiant des services, car elles constituent souvent le premier point de contact pour les communautés les plus vulnérables. Concevoir des partenariats public-privé viables pour lutter contre la tuberculose est peut-être une innovation aussi importante que les médicaments et les dispositifs eux-mêmes.
En fait, les progrès en matière de dépistage et de diagnostic ne sont qu’un des éléments d’une vague d’innovations pour lutter contre la tuberculose. Pour comprendre l’impact potentiel de ces innovations, il est nécessaire d’expliquer brièvement les concepts de base de l’épidémiologie de la tuberculose, car même simplifiée, elle semble plus complexe que celle de beaucoup d’autres maladies. Environ 20 % de la population mondiale est atteinte de tuberculose latente, ce qui signifie que les personnes sont porteuses de la bactérie, mais ne présentent aucun symptôme. Alors que de nombreuses personnes atteintes de tuberculose latente ne développeront jamais de tuberculose active, celles dont le système immunitaire est affaibli, que ce soit par la malnutrition, le tabagisme, une autre maladie infectieuse comme le VIH ou une maladie non transmissible comme le diabète de type 2, peuvent voir leur tuberculose latente se transformer en maladie active. Par ailleurs, les autres personnes non atteintes de tuberculose latente peuvent simplement être infectées en raison de leur proximité avec des personnes atteintes de tuberculose active. La distinction entre la tuberculose pharmacosensible, qui répond au traitement par des antibiotiques relativement peu coûteux, et la tuberculose pharmacorésistante, qui nécessite un traitement beaucoup plus long et plus coûteux, complique encore davantage la lutte contre la maladie.
En parallèle des innovations en matière de dépistage et de diagnostic, nous assistons à une vague d’innovations offrant de nouveaux moyens de s’attaquer à tous les stades de la maladie. De meilleurs traitements pour la tuberculose latente. Un éventail d’outils de prévention qui réduisent le risque d’activation de la tuberculose latente, y compris un vaccin contre la tuberculose qui devrait être disponible vers 2029. Des traitements plus efficaces pour la tuberculose pharmacosensible et pharmacorésistante. En fait, l’un des plus grands défis pour les programmes nationaux de lutte contre la tuberculose sera de concevoir la combinaison optimale d’interventions. Comme les financements manqueront toujours pour tout faire, les ministres de la Santé devront déterminer quelle combinaison d’outils obtiendra l’impact le plus marqué compte tenu de l’épidémiologie spécifique de la tuberculose à laquelle est confrontée chaque communauté. Lorsque la plupart des cas de tuberculose résultent d’une infection à VIH, comme c’est le cas dans une grande partie de l’Afrique de l’Est et australe, la réponse peut essentiellement consister à investir dans la prévention du VIH et dans la prophylaxie pour les personnes séropositives au virus. Lorsque l’extrême pauvreté et la malnutrition sont à l’origine des cas actifs, la réponse mettra davantage l’accent sur ces déterminants socio-économiques.
Il ne s’agit pas de trouver une solution universelle, ni de tout miser sur un remède miracle, mais d’élaborer des stratégies combinées qui s’adaptent à chaque contexte. La bonne nouvelle, c’est que nous disposerons d’un ensemble d’outils de plus en plus puissants pour accomplir ce travail. Le défi consistera à s’assurer que nous les utilisons au mieux. Les pays eux-mêmes – les ministères de la Santé, les programmes nationaux de lutte contre la tuberculose, les membres des communautés les plus touchées – sont les mieux placés pour prendre ces décisions. C’est pourquoi le modèle du Fonds mondial donne aux pays le pouvoir de déterminer comment l’argent que nous fournissons doit être priorisé et dépensé. Cependant, avec nos partenaires, nous devons également fournir aux pays des données probantes et des informations techniques pour les aider à prendre ces décisions. Là encore, l’IA peut jouer un rôle.
Les ressources consacrées aux efforts mondiaux de lutte contre la tuberculose ont toujours été insuffisantes. Cela est d’autant plus vrai aujourd’hui, en raison des réductions du financement de la santé mondiale. Les personnes déplacées et réfugiées ont toujours été particulièrement vulnérables à la tuberculose, et la vague actuelle de conflits ne fera qu’augmenter leur nombre. En cette Journée mondiale de lutte contre la tuberculose, il serait trop facile de dépeindre un avenir sombre pour notre lutte contre la maladie. Mais il s’agit d’un choix, pas d’une fatalité. Grâce à un véritable leadership – comme celui de l’Indonésie – et à une utilisation intelligente des innovations actuelles et futures, nous pouvons surmonter les défis et non seulement maintenir notre élan, mais aussi accélérer le rythme des progrès de la lutte contre la tuberculose.
Cet article d’opinion a été publié pour la première fois dans Forbes.