Les populations-clés

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Bien trop souvent, les personnes les plus touchées par les maladies sont celles qui n’ont pas accès aux soins de santé. Des facteurs tels que le rejet social, la discrimination et la criminalisation font partie des obstacles qui les empêchent d’avoir accès aux services de santé.

Afin de résoudre ce problème, les partenaires du Fonds mondial doivent adapter leurs services aux besoins spécifiques de ces populations et investir dans des programmes qui remédient aux obstacles sous-jacents entravant l’accès aux services. Le meilleur moyen d’y parvenir est de faire participer les populations-clés à l’élaboration, à la mise en œuvre et à la surveillance de ces services de santé, de même qu’aux décisions politiques qui les concernent.

Quelles sont les populations-clés ?

Les populations-clés sont plus fortement touchées par l’une des maladies tout en voyant leur accès aux services de santé réduit. Le rejet social et la discrimination largement répandus, les violences et le harcèlement étatiques ou non, les lois et les politiques restrictives et la criminalisation des comportements ou des pratiques mettent les populations-clés face à des risques accrus et affaiblissent leur accès aux services de santé.

« Le Fonds mondial a permis aux communautés de devenir autonomes. Leur faire confiance et les soutenir directement pour qu’elles dirigent un programme en tant que sous-récipiendaires est prodigieux. "S’approprier l’épidémie" a été pris à la lettre et la réponse a été positive. Nous planifions, nous établissons la stratégie et nous inventons au niveau communautaire afin de nous assurer que nous atteignons nos objectifs et que l’impact est présent pour nos communautés. »
Peninah Mwangi, membre de l’instance de coordination nationale et Directrice du programme de soutien « Bar Hostess Empowerment », qui représente les travailleurs du sexe au Kenya.

VIH

Dans le contexte du VIH, les populations-clés comprennent :

  • les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes ;
  • les personnes transgenres, en particulier les femmes transgenres ;
  • les travailleurs du sexe ;
  • les consommateurs de drogues injectables ;
  • les personnes vivant avec le VIH ;
  • les personnes incarcérées ou en détention.

Tuberculose

Dans le contexte de la tuberculose, il est constaté que l’incidence de la tuberculose chez les mineurs est plus élevée que pour n’importe quelle autre population active dans le monde, et elle peut être dix fois plus élevée parmi les mineurs migrants que dans les communautés desquelles ils proviennent.

La dernière estimation du nombre total de cas de tuberculose dans le monde parmi les prisonniers et les détenus était basée sur 25 pays et a abouti à la conclusion qu’il y aurait 300 000 cas de tuberculose au sein de cette population à travers le monde chaque année.

D’après les données de l’ONUSIDA, le 37 millions de personnes vivent avec le VIH à travers le monde, parmi lesquelles 1,2 million sont co-infectées par la tuberculose, ce qui représente chaque année 11 pour cent des cas de tuberculose.

L’OMS estime qu’au moins un million d’enfants sont infectés par la tuberculose chaque année, ce qui représente environ dix pour cent de tous les cas de tuberculose.

Le Fonds mondial reconnaît aussi les populations vulnérables, celles qui présentent de plus grandes fragilités dans un contexte particulier mais qui ne rentrent pas dans les catégories soulignées ci-dessus, parmi lesquelles les adolescentes et les jeunes femmes ou les personnes avec un handicap.

Investir pour l’impact : gros plan sur les populations-clés

La Stratégie du Fonds mondial pour la période 2017/2022 fait sa priorité des programmes fondés sur des éléments probants et destinés aux populations-clés, en retirant les obstacles entravant l’accès aux services de santé et en apportant un soutien pour garantir leur participation significative. De plus, le Fonds mondial demande aux pays de donner la priorité aux programmes destinés aux populations-clés et vulnérables dans leurs demandes de financement, de même qu’à travers les engagements financiers nationaux, selon les revenus du pays.

En ce qui concerne le VIH, le Fonds mondial est le principal organisme de financement extérieur pour les programmes ciblant les populations-clés dans de nombreuses régions. Toutes sources confondues, il demeure le plus important organisme de financement de programmes de réduction des méfaits pour les consommateurs de drogues injectables.

Pour la tuberculose, le Fonds mondial se concentre sur les pays avec la plus grande proportion de populations-clés, notamment les personnes vivant avec une co-infection tuberculose/VIH, les migrants, les réfugiés et les personnes déplacées, les mineurs, les prisonniers, les enfants en contact avec des cas de tuberculose et les consommateurs de drogues injectables.

À l’égard du paludisme, le Fonds mondial soutient une approche complète qui combine éducation, prévention, diagnostic et traitement, en particulier pour les enfants âgés de moins de cinq ans et les femmes enceintes dans les zones d’endémie palustre. Il porte également une attention particulière à une approche régionale innovante pour atteindre les populations qui peinent à accéder aux soins de santé, comme les migrants sans papiers dans la région du Grand Mékong qui font face à un risque de pharmacorésistance du paludisme.

Faire participer les populations-clés

La réponse du Fonds mondial pour les populations-clés au regard des trois maladies a évolué à travers le temps. Aujourd’hui, le recentrage sur les populations-clés fait partie intégrante des activités de base de l’organisation.

Nous savons que notre impact sur les trois maladies est plus marqué lorsque les populations-clés participent à l’élaboration et à la prestation des services de santé. Afin de leur permettre de tenir ce rôle important, le Fonds mondial soutient des efforts visant à renforcer les réseaux sociaux et les organisations qui sont dirigées par des membres des communautés de populations-clés et qui en représentent les besoins.

Les populations-clés devraient prendre part au processus à chaque étape du cycle de financement, à savoir :

  • la gouvernance ;
  • la conception ;
  • la mise en œuvre ;
  • la surveillance.

Gouvernance

Au niveau mondial, un siège au sein de notre Conseil d’administration représente les communautés vivant avec les maladies et les communautés touchées par celles-ci, dont les populations-clés. Dans chaque pays, nous exigeons de l’instance de coordination nationale qu’elle comporte des personnes représentant ceux qui sont touchés par les trois maladies.

« Si vous réfléchissez à mon passé en tant que consommateur de drogues dans la rue et que vous le comparez à mon poste actuel en tant que représentant des populations-clés sur les plateformes du Fonds mondial, j’ai l’impression d’être passé de zéro à héro. Quand je vivais dans la rue, je n’avais plus d’espoir, mais aujourd’hui je suis un membre de l’instance de coordination nationale et j’exprime les problèmes des consommateurs de drogues. »
Maziabi Salum, ancien consommateur de drogues, Tanzanie

La conception

Les populations-clés devraient contribuer de manière significative à la conception et à l’élaboration des programmes et des services. Cela comprend leur participation à l’élaboration des plans nationaux de lutte contre la maladie et de la demande de financement adressée au Fonds mondial, de même que pendant les étapes d’établissement de la subvention.

Cependant, les systèmes de gouvernance sanitaires ne sont bien souvent pas préparés à interagir avec les populations-clés de communautés marginalisées, marquées par le rejet social, criminalisées et en situation de faiblesse. De la même manière, les communautés des populations-clés peuvent ne pas être en mesure de participer ou ne pas être prêtes à le faire, faute des compétences techniques voulues pour comprendre les données et les programmes, par exemple. Il s’agit là, entre autres, des difficultés qui entravent la participation significative des populations-clés.

Afin d’y remédier, le Fonds mondial investit dans des réseaux et des organisations des populations-clés permettant de transmettre les connaissances et les compétences, de même que de faciliter l’apprentissage mutuel. Pour en savoir plus. Nous nous assurons également que nos politiques protègent l’identité des personnes lorsque cela est nécessaire afin d’éviter toute répercussion découlant de leur engagement.

Concevoir des programmes ciblés pour les populations-clés nécessite des données détaillées sur la charge de morbidité, la taille de la population, l’accès aux services et les obstacles spécifiques, le Fonds mondial investit donc dans le renforcement des informations stratégiques et dans les systèmes de données.

« Ce n’est pas seulement le soutien financier qui est important pour nous. Les activités de renforcement des systèmes communautaires ont été optimisées grâce aux subventions du Fonds mondial et ont permis de construire un leadership communautaire et la capacité de soutenir une riposte pérenne contre le VIH. »
Anton Basenko, Responsable principal de programme au sein de l’Alliance pour la santé publique en Ukraine

La mise en œuvre

Les services pour les populations-clés sont souvent mieux assurés par ceux qui comprennent les besoins spécifiques de leurs communautés. Il a été démontré, par exemple, que les jeunes hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes sont des éducateurs pairs efficaces lorsqu’il s’agit de sensibiliser à la santé sexuelle, y compris au VIH. De la même manière, dans les contextes de prévalence de la tuberculose parmi les populations migrantes, les éducateurs pairs qui ont des connaissances approfondies sur les cultures, les pratiques et les besoins sont mieux placés pour mieux faire connaître la tuberculose, créer la demande pour le dépistage et aiguiller les personnes touchées vers des centres de santé.

Les collaborations étroites avec les partenaires gouvernementaux, bilatéraux, multilatéraux et communautaires jouent aussi un rôle fondamental pour assurer la fourniture de programmes de qualité fondés sur des données factuelles à destination des populations-clés et pour remédier aux obstacles liés aux droits humains et au genre entravant l’accès aux services à travers les trois maladies.

La surveillance

Du fait de leurs expériences vécues et de leur interaction directe avec les structures de services, les populations-clés doivent avoir la possibilité de partager leurs sentiments sur la qualité des services. Les connaissances directes et approfondies des populations-clés sont essentielles pour permettre un impact positif des programmes.

« Aujourd’hui, mettre un terme aux épidémies, ce n’est pas seulement un défi biomédical et financier, c’est aussi un enjeu social et politique qui soulève des problèmes liés aux droits humains. Avoir le Fonds mondial au Belize signifie que les voix des populations-clés sont prises en compte. »
Erika Castellanos, Directrice exécutive du Réseau collaboratif des personnes vivant avec le VIH (CNET+) au Belize

Publié 20 juillet 2018