Les populations-clés

The Global Fund / John Rae

Bien trop souvent, les personnes les plus touchées par le VIH, la tuberculose et le paludisme sont celles qui n’ont pas accès aux soins de santé du fait, entre autres, de facteurs tels que le rejet social, la discrimination et la criminalisation.

Afin de lever ces obstacles, les partenaires du Fonds mondial doivent adapter leurs services aux besoins spécifiques de ces populations et investir dans des programmes qui remédient aux causes sous-jacentes de la discrimination. Le meilleur moyen d’y parvenir est de faire participer les populations-clés à l’élaboration, à la mise en œuvre et à la surveillance de ces services de santé, de même qu’aux décisions politiques qui les concernent.

Quelles sont les populations-clés ?

Les populations-clés sont plus fortement touchées par l’une des maladies tout en voyant leur accès aux services de santé réduit. Le rejet social et la discrimination largement répandus, les violences et le harcèlement étatiques ou non, les lois et les politiques restrictives et la criminalisation des comportements ou des pratiques mettent les populations-clés face à des risques accrus et affaiblissent leur accès aux services de santé.


« Le Fonds mondial a permis aux communautés de devenir autonomes. Leur faire confiance et les soutenir directement pour qu’elles dirigent un programme en tant que sous-récipiendaires est prodigieux. "S’approprier l’épidémie" a été pris à la lettre et la réponse a été positive. Nous planifions, nous établissons la stratégie et nous inventons au niveau communautaire afin de nous assurer que nous atteignons nos objectifs et que l’impact est présent pour nos communautés. »
Peninah Mwangi, membre de l’instance de coordination nationale et Directrice du programme de soutien « Bar Hostess Empowerment », qui représente les travailleurs du sexe au Kenya

VIH

Dans le contexte du VIH, les populations-clés comprennent :

  • les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes
  • les personnes transgenres, en particulier les femmes transgenres
  • les travailleurs du sexe
  • les consommateurs de drogues injectables
  • les personnes vivant avec le VIH
  • les personnes incarcérées ou en détention

Ces populations sont socialement marginalisées, souvent criminalisées et confrontées à diverses atteintes aux droits humains qui les rendent plus vulnérables au VIH.

The Global Fund / Vincent Becker

Vernon et Zama ont tous les deux recours aux services du centre de soins pour le VIH et la tuberculose de Durban destinés aux consommateurs de drogues injectables en Afrique du Sud. Mais il faut en faire davantage – les programmes de réduction des méfaits sont parmi les interventions clés les moins acceptées, ce qui stigmatise encore plus ceux qui en dépendent.

« Nous sommes les mêmes femmes », explique Delgerzaya M. (à gauche) à propos des travailleuses du sexe avec lesquelles elle travaille. « Je comprends leurs difficultés mieux que quiconque. » Delgerzaya M. et Usukhbayar D. sont d’anciennes travailleuses du sexe qui proposent désormais à leurs anciennes collègues une formation et des outils de prévention du VIH mis à disposition par l’ONG « Perfect Lady » soutenue par le Fonds mondial à Oulan-Bator.

The Global Fund / Kevin Keen

Tuberculose

Les détenus et les populations incarcérées, les personnes vivant avec le VIH, les migrants, les réfugiés et les populations autochtones constituent autant de groupes qui sont très vulnérables à la tuberculose et qui sont fortement marginalisés. Par ailleurs, ils accèdent plus difficilement à des services de qualité et se heurtent à des violations des droits humains.

Chez les mineurs d’Afrique australe, par exemple, l’incidence de la tuberculose est plus élevée que pour n’importe quelle autre population active dans le monde, et elle peut être dix fois plus élevée parmi les mineurs migrants que dans les communautés desquelles ils proviennent.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, l’incidence de la tuberculose dans les prisons serait jusqu’à 100 fois plus élevée qu’auprès de la population générale, et les cas de tuberculose en prison peuvent représenter jusqu’à 25 pour cent de la charge de morbidité de la maladie dans un pays.

Parmi les autres populations, selon l’ONUSIDA, sur les 10 millions de personnes dans le monde qui ont développé la tuberculose en 2017, 9 pour cent étaient co-infectées par le VIH. L’OMS estime qu’au moins un million d’enfants développent une tuberculose évolutive chaque année, ce qui représente environ dix pour cent de tous les cas de tuberculose.

Paludisme

Le concept de « populations-clés » dans le contexte du paludisme est relativement nouveau et pas encore aussi bien défini que pour le VIH et la tuberculose. Cependant, certains groupes répondent aux critères des populations-clés. Ainsi, les réfugiés, les migrants, les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays et les populations autochtones des zones d’endémie palustre sont souvent exposés à un risque de transmission plus élevé, n’ont généralement qu’un accès limité aux soins et aux services, et sont fréquemment marginalisés.

The Global Fund / John Rae

Le Fonds mondial reconnaît aussi les populations vulnérables, celles qui présentent de plus grandes fragilités dans un contexte particulier mais qui ne rentrent pas dans les catégories soulignées ci-dessus, parmi lesquelles les adolescentes et les jeunes femmes ou les personnes avec un handicap.

Investir pour l’impact : gros plan sur les populations-clés

La Stratégie du Fonds mondial pour la période 2017/2022 fait sa priorité des programmes fondés sur des éléments probants et destinés aux populations-clés, en retirant les obstacles entravant l’accès aux services de santé et en apportant un soutien pour garantir leur participation significative. De plus, le Fonds mondial demande aux pays de donner la priorité aux programmes destinés aux populations-clés et vulnérables dans leurs demandes de financement, de même qu’à travers les engagements financiers nationaux, selon les revenus du pays.

En ce qui concerne le VIH, le Fonds mondial est le principal organisme de financement extérieur pour les programmes ciblant les populations-clés dans de nombreuses régions. Il demeure la principale source de financement de programmes de réduction des méfaits pour les consommateurs de drogues injectables.

Pour la tuberculose, le Fonds mondial se concentre sur les pays avec la plus grande proportion de populations-clés, notamment les personnes vivant avec une co-infection tuberculose/VIH, les migrants, les réfugiés et les personnes déplacées, les mineurs, les prisonniers, les enfants en contact avec des cas de tuberculose et les consommateurs de drogues injectables.

À l’égard du paludisme, le Fonds mondial soutient une approche complète qui combine éducation, prévention, diagnostic et traitement, en particulier pour les enfants âgés de moins de cinq ans et les femmes enceintes dans les zones d’endémie palustre. Il porte également une attention particulière à une approche régionale innovante pour atteindre les populations qui peinent à accéder aux soins de santé, comme les migrants sans papiers dans la région du Grand Mékong qui font face à un risque de résistance du paludisme aux médicaments.

Faire participer les populations-clés

La réponse du Fonds mondial pour les populations-clés au regard des trois maladies a évolué à travers le temps. Aujourd’hui, le recentrage sur les populations-clés fait partie intégrante des activités de base de l’organisation.

Nous savons que notre impact sur les trois maladies est plus marqué lorsque les populations-clés participent à l’élaboration et à la prestation des services de santé. Afin de leur permettre de tenir ce rôle important, le Fonds mondial soutient des efforts visant à renforcer les réseaux sociaux et les organisations qui sont dirigées par des membres des communautés de populations-clés et qui en représentent les besoins.

Les populations-clés devraient prendre part au processus à chaque étape du cycle de financement, à savoir :

  • la gouvernance ;
  • la conception ;
  • la mise en œuvre ;
  • la surveillance.

Gouvernance

Au niveau mondial, un siège au sein de notre Conseil d’administration représente les communautés vivant avec les maladies et les communautés touchées par celles-ci, dont les populations-clés. Dans chaque pays, nous exigeons de l’instance de coordination nationale qu’elle comporte des personnes représentant ceux qui sont touchés par les trois maladies.

« Si vous réfléchissez à mon passé en tant que consommateur de drogues dans la rue et que vous le comparez à mon poste actuel en tant que représentant des populations-clés sur les plateformes du Fonds mondial, j’ai l’impression d’être passé de zéro à héro. Quand je vivais dans la rue, je n’avais plus d’espoir, mais aujourd’hui je suis un membre de l’instance de coordination nationale et j’exprime les problèmes des consommateurs de drogues. »
Maziabi Salum, ancien consommateur de drogues, Tanzanie

La conception

Les populations-clés devraient contribuer de manière significative à la conception et à l’élaboration des programmes et des services. Cela comprend leur participation à l’élaboration des plans nationaux de lutte contre la maladie et de la demande de financement adressée au Fonds mondial, de même que pendant les étapes d’établissement de la subvention.

Cependant, les systèmes de gouvernance sanitaires ne sont bien souvent pas préparés à interagir avec les populations-clés de communautés marginalisées, marquées par le rejet social, criminalisées et en situation de faiblesse. De la même manière, les communautés des populations-clés peuvent ne pas être en mesure de participer ou ne pas être prêtes à le faire, faute des compétences techniques voulues pour comprendre les données et les programmes, par exemple. Il s’agit là, entre autres, des difficultés qui entravent la participation significative des populations-clés.

Afin d’y remédier, le Fonds mondial investit dans des réseaux et des organisations des populations-clés permettant de transmettre les connaissances et les compétences, de même que de faciliter l’apprentissage mutuel. Nous nous assurons également que nos politiques protègent l’identité des personnes lorsque cela est nécessaire afin d’éviter toute répercussion découlant de leur engagement.

Concevoir des programmes ciblés pour les populations-clés nécessite des données détaillées sur la charge de morbidité, la taille de la population, l’accès aux services et les obstacles spécifiques, le Fonds mondial investit donc dans le renforcement des informations stratégiques et dans les systèmes de données.

« Ce n’est pas seulement le soutien financier qui est important pour nous. Les activités de renforcement des systèmes communautaires ont été optimisées grâce aux subventions du Fonds mondial et ont permis de construire un leadership communautaire et la capacité de soutenir une riposte pérenne contre le VIH. »
Anton Basenko, Responsable principal de programme au sein de l’Alliance pour la santé publique en Ukraine

La mise en œuvre

Les services pour les populations-clés sont souvent mieux assurés par ceux qui comprennent les besoins spécifiques de leurs communautés. Il a été démontré, par exemple, que les jeunes hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes sont des éducateurs pairs efficaces lorsqu’il s’agit de sensibiliser à la santé sexuelle, y compris au VIH. De la même manière, dans les contextes de prévalence de la tuberculose parmi les populations migrantes, les éducateurs pairs qui ont des connaissances approfondies sur les cultures, les pratiques et les besoins sont mieux placés pour mieux faire connaître la tuberculose, créer la demande pour le dépistage et aiguiller les personnes touchées vers des centres de santé.

Les collaborations étroites avec les partenaires gouvernementaux, bilatéraux, multilatéraux et communautaires jouent aussi un rôle fondamental pour assurer la fourniture de programmes de qualité fondés sur des données factuelles à destination des populations-clés et pour remédier aux obstacles liés aux droits humains et au genre entravant l’accès aux services à travers les trois maladies.

La surveillance

Du fait de leurs expériences vécues et de leur interaction directe avec les structures de services, les populations-clés doivent avoir la possibilité de partager leurs sentiments sur la qualité des services. Les connaissances directes et approfondies des populations-clés sont essentielles pour permettre un impact positif des programmes.

« Aujourd’hui, mettre un terme aux épidémies, ce n’est pas seulement un défi biomédical et financier, c’est aussi un enjeu social et politique qui soulève des problèmes liés aux droits humains. Avoir le Fonds mondial au Belize signifie que les voix des populations-clés sont prises en compte. »
Erika Castellanos, Action mondiale pour l’égalité trans*

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Femmes et jeunes filles

Publié 13 septembre 2019