La lutte contre la tuberculose fait un grand pas en avant grâce à un tout petit appareil
En 2024, la Zambie a subi une sécheresse dévastatrice, la pire depuis une génération. Les répercussions se sont fait sentir dans presque tous les aspects de la vie quotidienne, y compris au sein des systèmes de santé.
La baisse du niveau des rivières et des lacs de retenue a mené l’approvisionnement en électricité de la Zambie au bord de l’effondrement. L’hydroélectricité représentant 80 % de la production du pays, celle-ci a chuté à des niveaux historiquement bas à mesure que la sécheresse s’installait. Les coupures d’électricité ont perturbé l’activité économique, paralysé les chaînes de production et restreint les services publics. Les pannes avaient aussi des conséquences moins visibles, comme l’interruption des diagnostics de la tuberculose.
La majeure partie du dépistage à grande échelle de la tuberculose repose sur de gros appareils de diagnostic moléculaire. S’ils sont d’une grande précision, ces appareils sont d’un entretien coûteux et nécessitent une alimentation électrique stable et, souvent, un environnement climatisé pour fonctionner correctement. Alors que la crise énergétique s’aggravait dans toute la Zambie, le dépistage de la tuberculose réalisé à l’aide de ces appareils a commencé à s’effondrer.
« Nous avons eu des difficultés ; il nous arrivait de rester sans électricité pendant des heures, a relaté le Dr Eddie Solo, responsable du laboratoire de lutte contre la tuberculose du Centre hospitalier universitaire de Lusaka. Nous avons essayé d’installer des systèmes auxiliaires, mais nous n’arrivions pas à compenser les pannes du réseau électrique. »
Dans son laboratoire fort animé, le Dr Solo montre un appareil qui tient facilement dans la paume de sa main – et qui offre une solution à ce problème. « Ce nouvel appareil fonctionne sur batterie ; cela change vraiment la donne. »
Conçu pour la réalisation de tests à proximité du lieu de soins, cet appareil nécessite une quantité d’énergie minimale pour fonctionner. Dans les contextes où l’alimentation en électricité est erratique ou inexistante, la faible consommation d’énergie de cet appareil représente une véritable révolution. Contrairement aux grandes plateformes de diagnostic qui prévalent dans la plupart des infrastructures de santé du monde, les appareils de test à proximité du lieu de soins peuvent être utilisés dans les centres de soins primaires, où se dirigent en premier lieu la plupart des personnes présentant des symptômes de la tuberculose. Il s’agit de l’un des éléments qui manquaient cruellement à la lutte contre la tuberculose : un diagnostic rapide au niveau communautaire.
L’importance de cette innovation dépasse largement les frontières de la Zambie.
La tuberculose demeure la maladie infectieuse la plus meurtrière au monde. En 2024 seulement, elle a fait plus de 1,2 million de victimes. Cette même année, 10,7 millions de personnes ont contracté la maladie, parmi lesquelles environ 2,4 millions n’ont pas été détectées par les systèmes de santé : elles n’ont donc été ni diagnostiquées, ni traitées, ni déclarées. Ces personnes risquent non seulement de succomber à la maladie, mais aussi de contaminer jusqu’à 20 autres personnes en l’espace d’une année.
Une fois le diagnostic posé, le traitement est très efficace, avec un taux de succès thérapeutique avoisinant les 90 %. Le défi consiste à dépister les personnes infectées suffisamment tôt : avant que la maladie ait des conséquences dévastatrices sur leur santé ou menace leur vie, et avant qu’elles transmettent la maladie à leur insu.
Voilà pourquoi les nouveaux appareils de dépistage à proximité du lieu de soins sont si importants. Entre les mains d’agentes et agents de santé qui travaillent au sein des communautés – en particulier celles qui sont mal desservies ou éloignées – ces appareils de qualité permettent de détecter plus rapidement un plus grand nombre de personnes infectées.
Au cours des prochains mois, un partenariat dirigé par le Fonds mondial et la Fondation du Fonds d’investissement pour l’enfance (CIFF) et mis en œuvre par l’Institut Aurum permettra la réalisation de près de trois millions de tests au moyen de ces appareils en Afrique du Sud, au Bangladesh, au Bénin, au Cameroun, en Éthiopie, en Indonésie, au Kenya, au Nigéria, en Ouganda, au Pérou, aux Philippines, au Viet Nam et en Zambie.
Ces activités de dépistage pourraient changer la donne dans la lutte contre la tuberculose. Le ministre de la Santé du Bénin, Benjamin Hounkpatin, dont le pays a été le premier à recevoir ces outils de dépistage, en juin dernier, a bien saisi l’esprit du moment : « Il s’agit d’un jalon important dans nos efforts pour rendre les services de lutte contre la tuberculose accessibles à toutes et à tous, y compris dans les communautés éloignées. En rapprochant le diagnostic rapide et précis des premières lignes de soins, nous pouvons détecter les malades plus rapidement, les mettre sous traitement plus tôt et sauver de nombreuses vies. »
Ces tests de nouvelle catégorie donnent un résultat en moins d’une heure, avec beaucoup plus de précision que l’examen microscopique des frottis, qui a longtemps été le seul outil de diagnostic dans de nombreux sites périphériques.
Pour les pays qui doivent composer à la fois avec une forte prévalence de la tuberculose et des systèmes de santé fragilisés ou surchargés – par les conflits, les épidémies de maladies émergentes et les phénomènes météorologiques extrêmes de plus en plus fréquents –, le potentiel de ces appareils est immense.
Le nouvel outil est complémentaire avec les plateformes centralisées de diagnostic moléculaire comme GeneXpert, qui demeurent indispensables pour la confirmation des résultats positifs des tests rapides, notamment le diagnostic de la tuberculose pharmacorésistante. On s’attend à une augmentation de la demande de tests de la tuberculose pharmacorésistante, à mesure qu’un plus grand nombre de personnes seront dépistées au niveau des soins primaires.
« Ces nouveaux outils révolutionnent le diagnostic de la tuberculose, mais ils ne remplacent pas les tests moléculaires existants, a déclaré le Dr Eliud Wandwalo, directeur de l’Équipe Tuberculose au Fonds mondial. Ils sont plutôt un excellent complément aux outils de diagnostic déjà en usage. Ils peuvent accélérer les efforts visant à trouver les millions de personnes atteintes de la tuberculose qui manquent à l’appel. »
Pour le domaine de la lutte contre la tuberculose, qui a souffert pendant des décennies d’un déficit d’innovation chronique, cette avancée est un grand pas en avant – pensons seulement que l’une des techniques de diagnostic courantes, la microscopie, est vieille d’un siècle, que le vaccin est, lui aussi, vieux d’un siècle et que les traitements contre la tuberculose pharmacorésistante provoquent des effets secondaires graves et invalidants.
L’outil de dépistage à proximité du lieu de soins donne une impulsion supplémentaire à une vague d’innovations apparue ces dernières années au chapitre de la prise en charge de la tuberculose, et marque un nouveau jalon dans la lutte contre l’une des maladies les plus anciennes et les plus meurtrières de l’humanité.
« Il y a bien trop longtemps que la tuberculose est la pandémie oubliée, a observé le Dr Wandwalo. Avec la vague d’innovations en cours de développement qui nous a donné des outils comme les tests à proximité du lieu de soins, nous pouvons donner un coup d’accélérateur à notre riposte et enfin faire de cette maladie une chose du passé. »