La pandémie de COVID-19 pourrait faire échouer la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme

Par Peter Sands, Directeur exécutif du Fonds mondial le 27 mai 2020

L’article qui suit est une version fortement abrégée de l’allocution de Peter Sands lors de la 43e réunion du Conseil d’administration du Fonds mondial, les 14 et 15 mai 2020 – la première réunion du Conseil d’administration à se tenir virtuellement à cause du COVID-19.

Alors que la pandémie de COVID-19 fait des ravages dans le monde, la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme court un risque majeur. Ce risque n’est pas seulement de ralentir la lutte, mais bien de la faire capoter.

Si les systèmes de santé s’effondrent, si les traitements et les services de prévention s’interrompent, le nombre de décès imputables à ces trois maladies (et à d’autres) sera considérablement supérieur à celui provoqué par le COVID-19. Des millions d’autres vies seraient perdues.

Cette perspective m’empêche de dormir la nuit. Si cela devait se produire, le partenariat que représente le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme aurait échoué. C’est un véritable test pour nous tous et c’est la raison pour laquelle nous devons nous unir pour remporter cette victoire.

Notre rôle en tant que partenariat dans la riposte mondiale contre le COVID-19 est d’apporter notre aide là où nous le pouvons, d’abord parce que c’est la bonne chose à faire et ensuite, parce qu’il le faut pour protéger les acquis de la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme, et pour la poursuivre.

Nous apportons également une approche et un point de vue différents qui pourraient autrement être perdus dans la riposte mondiale au COVID-19 : la participation de la société civile, le besoin d’un leadership communautaire et la nécessité impérieuse de protéger les droits de l’Homme.

Pour l’heure et de façon compréhensible, la plupart des éléments de la riposte internationale à la pandémie de COVID-19 ont été inspirés par la technologie et imposés depuis le sommet. Mais s’il y a bien un enseignement que nous avons tiré de la lutte contre le sida, c’est que cela ne suffit pas.

Nous devons admettre que notre monde a changé, et de façon spectaculaire et irréversible.

Après la crise financière mondiale de 2008, les questions autour de ses répercussions et des réponses à y apporter ont dominé les milieux financier, économique et évidemment politique pendant presque dix ans.

L’ampleur de la pandémie de COVID-19 est bien supérieure. Irrévocablement, elle va modifier la façon dont le monde considère la santé mondiale, elle va redéfinir les relations entre la santé, la finance et l’économie, et elle aura des effets politiques profonds, à l’intérieur des pays et pour la géopolitique. Que nous le voulions ou pas, tout ce que nous ferons désormais s’inscrira dans le contexte d’un monde durement éprouvé par le COVID-19.

Nous devons démontrer qu’il ne s’agit que d’un seul et même combat, que la lutte contre une maladie infectieuse n’est pas qu’une bataille contre un virus précis, mais bien un engagement à rendre le monde plus sûr pour toutes et tous.

Nous devons poursuivre les combats que nous n’avons pas encore remportés, comme la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme, et gagner la nouvelle bataille contre le COVID-19. Cela suppose également que nous devons nous préparer à combattre d’autres pathogènes, encore inconnus à ce jour, et, surtout, qu’il ne doit pas y avoir de laissés pour compte.

Un concept de sécurité sanitaire mondiale qui ne se concentre que sur les menaces pour les populations des pays riches ne fonctionnera pas. La sécurité sanitaire mondiale doit englober tout le monde et protéger contre les nouvelles, comme les anciennes, menaces. La santé mondiale doit reposer sur les droits de l’Homme et doit simultanément reconnaître le rôle tout aussi crucial des sciences et des communautés.

Cette discussion ne fait que débuter et le rôle du Fonds mondial ne constitue jamais qu’une pièce du puzzle, mais, créé en tant que riposte du monde à la dernière grande pandémie qui a frappé l’humanité – le VIH et le sida –, le Fonds mondial est particulièrement bien placé pour donner son point de vue.

Dans mon cauchemar, la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme échoue alors que le monde se concentre sur la pandémie de COVID-19 ; ensuite, nous héritons du nouveau virus, lorsque celui-ci n’est plus une menace pour les économies avancées et pour les élites des capitales, mais qu’il continue de tuer des milliers – ou des millions – de personnes pauvres et marginalisées. Alors, nous serons priés de reprendre le combat inachevé, comme nous l’avons fait contre le VIH, la tuberculose et le paludisme.

Ce scénario n’est pas invraisemblable et nous devons donc engager un débat plus vaste sur la façon de combattre le COVID-19 et d’en limiter les dégâts dans des pays qui pourraient être facilement oubliés du reste du monde.

Le Fonds mondial est l’une des plus belles créations de l’humanité pour la santé mondiale : un outil puissant et efficace pour traduire la solidarité mondiale en millions de vies sauvées. Nous avons une mission – lutter contre le VIH, la tuberculose et le paludisme – et nous devons la mener à bien, mais sans oublier de reconnaître que la pandémie de COVID-19 a radicalement changé notre monde.