Faire progresser l’égalité de genre

Par Peter Sands, Directeur exécutif

dans Opinions le 07 mars 2018

L’ampleur des événements récents en faveur de l’égalité de genre et la vitesse à laquelle ils sont intervenus ont été en tous points remarquables. Les obstacles et la discrimination tolérés ou passés sous silence pendant bien trop longtemps sont aujourd’hui vigoureusement battus en brèche et renversés. Inspirées par le courage des femmes qui prennent la parole, de nombreuses personnes remettent en cause le statu quo et font évoluer les choses.

Cette année, la Journée internationale des femmes du 8 mars va au-delà de l’éloge des progrès accomplis vers l’égalité de genre. Une lame de fond s’est soulevée pour dénoncer la discrimination et les comportements inappropriés et pour faire avancer le progrès social au profit de chacune et chacun d’entre nous. L’heure est venue d’en reconnaître la puissance et de lui apporter notre soutien.

Le Fonds mondial a placé la protection et la promotion des droits de la personne et de l’égalité de genre au cœur de sa stratégie d’action et nous savons parfaitement que les épidémies se propagent alimentées par les inégalités de genre. Dans ce contexte, alors même que nous mettons tout en œuvre pour améliorer des programmes de santé qui sauvent des vies, nous devons aussi voir au-delà des médicaments et des moustiquaires.

L’inégalité des femmes en matière de condition sociale est tout particulièrement pernicieuse lorsqu’il s’agit du VIH. Des normes de genre néfastes, la discrimination, la violence, un accès restreint à l’éducation et l’absence de services adaptés entravent l’accès des femmes et des filles aux soins de santé et alimentent de nouvelles infections. Chaque jour, plus de 1000 adolescentes et jeunes femmes contractent le VIH. Dans les pays les plus durement touchés, les filles représentent plus de 80 pour cent de l’ensemble des nouvelles infections chez les adolescents. Il s’agit d’un problème qui dépasse de loin le simple cadre biomédical, de sorte qu’une réponse purement médicale ne le règlera pas.

Cette année, le Fonds mondial a lancé la campagne HER – riposte à l’épidémie de VIH – en vue de mobiliser des ressources humaines et financières dans le but d’améliorer les services de santé à destination des adolescentes, d’améliorer l’accès à l’éducation et à l’information et de garantir la participation des jeunes à la conception et à la mise en œuvre des programmes qui leur sont destinés. Au final, la campagne HER entend réduire de manière notable le nombre de nouvelles infections chez les adolescentes et les jeunes femmes dans 13 pays africains au cours des cinq prochaines années.

Déjà, les réactions à la campagne HER nous touchent et nous encouragent. Les partenaires du secteur privé reconnaissent l’ampleur des besoins – et de l’occasion qu’il y a à saisir. En effet, nous ne parlons pas ici simplement d’éviter des infections, mais également de libérer un potentiel. L’Afrique abrite la plus importante population de jeunes de la planète. Dans dix ans, ils seront les médecins, les professeurs, les entrepreneurs et les présidents du continent. Lorsque nous nous attaquons au VIH au travers de programmes qui améliorent l’accès à l’éducation et aux services de santé, qui font reculer la violence fondée sur le genre et qui mettent en place des appuis sociaux pour les adolescents, nous ne faisons rien d’autre que contribuer à des sociétés plus justes et plus égalitaires.

Il est rare que le rythme du changement soit constant et, souvent, il est plus lent que nous ne le souhaiterions. Pourtant, ce qui a débuté l’année dernière par quelques voix isolées forme aujourd’hui un chœur – une clameur même – en faveur de l’égalité et de la justice. L’apathie, l’inertie et la crainte ont cédé la place à la résolution, au mouvement et à l’espoir. Le Fonds mondial et les acteurs de la santé internationale d’une façon générale ont un rôle vital à assumer pour donner corps à ces changements et veiller à ce qu’ils se traduisent en vies sauvées.