Pour le ministre indien de la santé, « l’heure est venue d’en finir avec la tuberculose »

dans Opinions le 30 mai 2018

La promesse faite par le Premier ministre indien, Narendra Modi, d’en finir avec la tuberculose d’ici 2025 a donné un nouvel élan à la lutte mondiale menée contre la maladie avant que l’Assemblée générale des Nations Unies tienne une réunion capitale sur le sujet en septembre. Le leadership et l’engagement politique de l’Inde sont essentiels : le pays compte environ 27 pour cent du nombre total estimé de cas de tuberculose dans le monde, ainsi qu’un quart des patients atteints d’une forme de la maladie résistante aux médicaments.

Dans un entretien, Shri Jagat Prakash Nadda, le ministre indien de la santé et du bien-être familial, dit attendre des autres pays fortement touchés qu’ils suivent l’exemple de l’Inde et explique comment New Delhi envisage d’atteindre ses objectifs ambitieux. Présent à Genève à l’occasion de l’Assemblée mondiale de la Santé, M. Nadda a indiqué que son pays – le premier exportateur mondial de médicaments génériques – était disposé à offrir à ses voisins un appui technique et thérapeutique pour en finir avec la maladie.

Cette année a été consacrée à l’action contre la tuberculose et l’ONU organisera une réunion de haut niveau sur ce thème en septembre à New York. Qu’est-ce que l’Inde attend de cette réunion ?

Nous attendons de la réunion de haut niveau de l’Assemblée générale des Nations Unies qu’elle aboutisse à de nouvelles stratégies pour aller au-devant des personnes vulnérables. Nous attendons également une orientation technique à l’appui de médicaments plus efficaces, de manière à pouvoir faire rapidement reculer la maladie. En ce qui concerne l’Inde, nous sommes disposés à partager nos expériences en termes de médicaments, d’orientation et d’appui technique. Le Premier ministre Modi a indiqué que si nos voisins souhaitaient de médicaments de première intention contre la tuberculose, l’Inde était disposée à les mettre gratuitement à disposition.

Nous attendons également des autres pays qu’ils prennent un engagement politique sans équivoque, en particulier les pays voisins très fortement touchés par la maladie. Ces pays devront aller de l’avant. L’Inde peut être une source d’inspiration pour d’autres pays voisins fortement touchés. Nous voulons que les États dont c’est le cas adoptent une stratégie agressive en la matière. C’est ce que l’Inde a fait et cela met en branle un mouvement visant à en finir avec la tuberculose qui est appelé à se généraliser.

Pourquoi l’Inde a-t-elle fait de la fin de la tuberculose une priorité nationale ?

Cela fait trop longtemps que l’Inde combat la tuberculose et il est désormais temps d’en finir avec elle. Ces trois ou quatre dernières années, de nombreuses mesures révolutionnaires et ambitieuses ont été prises dans le secteur de la santé sous l’impulsion de notre Premier ministre. Cela a permis de positionner l’Inde sur l’échiquier mondial et d’en faire, aux yeux des gens, un chef de file des réformes du secteur de la santé. Le Premier ministre Modi a lancé un appel pour que l’Inde vienne à bout de la tuberculose d’ici 2025, soit cinq ans avant la date visée par les Objectifs de développement durable. L’Inde est parvenue à éliminer la polio et le pian et nous sommes convaincus de pouvoir faire de même avec la tuberculose. C’est une question de leadership pour l’Inde qui n’est pas non plus dénuée d’arguments économiques.

Comment l’Inde envisage-t-elle d’atteindre ses objectifs ambitieux ?

La tuberculose est, certes, transmissible, mais on peut également la prévenir. S’alignant sur les attentes du Premier ministre Modi, le ministère de la santé dans son ensemble a recentré ses stratégies pour s’attaquer à la question de la fin de la tuberculose. Notre plan stratégique national n’a pas été rédigé au siège du ministère mais bien en donnant la parole à l’ensemble des parties prenantes : militants sur le terrain, fonctionnaires des États, ONG, société civile et partenaires de développement. Ce plan sera mis en œuvre au niveau des États et des districts et à l’échelle locale, de sorte que chacun sache ce qu’il a à faire. La façon dont nous travaillons avec nos États a radicalement changé. Le Premier ministre Modi croit en un fédéralisme coopératif. Nous mettons en place une forte participation qui fera toute la différence.

Quels programmes l’Inde met-elle spécifiquement en œuvre pour s’attaquer à la tuberculose ?

Nous avons acheté et installé 1135 machines GeneXpert, ce garantit une détection précoce et de qualité, ainsi que la détection de la tuberculose pharmacorésistante. Nous avons atteint 30 millions de personnes par une surveillance active des communautés dans les zones exposée à la tuberculose, ce qui a permis de trouver 30 000 nouveaux cas et de les traiter. La nouvelle mouture du Programme national de lutte contre la tuberculose prévoit la bédaquiline pour les patients atteints de la forme multirésistante de la maladie. Cette année, le budget prévoit une enveloppe pour apporter un soutien nutritionnel aux patients tuberculeux jusqu’à leur guérison.

De même, d’ici 2020, l’ensemble des 150 000 centres de santé secondaires de l’Inde (les antennes périphériques du système indien de soins de santé qui proposent des soins aux mères, aux enfants et aux adolescents) seront convertis en centres de bien-être où nous procéderons à un dépistage universel de la tuberculose, parallèlement à des examens du diabète, de la glycémie, de l’hypertension, du cancer du col de l’utérus, du cancer du sein et du cancer de la cavité orale. Chaque personne fera ainsi l’objet d’un dépistage de la tuberculose, mais aussi de la lèpre.

Ce sont autant de stratégies concernant la base qui ont été adoptées et dont nous assurons le suivi. Chaque programme a, en permanence, besoin de vigilance, de contrôle et d’une évolution de ses stratégies en fonction des enseignements qu’il a lui-même tirés. Nous sommes ouverts à cette idée car l’objectif est d’en finir avec la maladie d’ici 2025.

Comment les secteurs privé et public collaborent-ils en Inde pour s’attaquer à la tuberculose ?

La déclaration de la tuberculose est désormais une priorité. Les prestataires de soins de santé du secteur privé sont désormais tenus de déclarer les nouveaux cas de tuberculose et, pour ce faire, nous avons élaboré un outil numérique appelé « Nikshay », un site web destiné au suivi, à l’enregistrement et au contrôle des cas de tuberculose. Nikshay oblige tous les prestataires de soins de santé privés de déclarer chaque cas de tuberculose aux autorités locales, de sorte que le patient rentre dans notre giron. Le traitement peut être assuré par le médecin privé, mais les médicaments seront fournis par les autorités publiques. Ainsi, le patient démuni ou vulnérable n’a plus à aller acheter les médicaments par lui-même, même s’il se rend dans une consultation privée pour un examen.

Quel accueil l’Assemblée mondiale de la Santé a-t-elle réservé au leadership de l’Inde en matière de tuberculose ?

Les dirigeants et les pays du monde entier s’intéressent de près à la façon dont l’Inde s’occupe de la tuberculose. Ce que l’Inde fait chez elle trouve un écho sur la scène internationale. À l’Assemblée mondiale de la Santé, nous avons senti un intérêt certain, mais aussi une reconnaissance du rôle de chef de file de l’Inde dans le secteur de la santé pour ce qui touche à la tuberculose. La compréhension de l’Inde et des stratégies de santé qu’elle a adoptées évolue.